formation : Quatre diplômes pour un métier

Pour se former à l’esthétique-cosmétique, quatre diplômes cohabitent, du niveau V (CAP) au niveau III (BTS). Une pyramide encore enrichie par la création constante de titres professionnels. Objectif : s’adapter toujours mieux aux besoins du marché.

Du CAP (certificat d’aptitude professionnelle) au BTS (brevet de technicien supérieur), en passant par le BP (brevet professionnel) et le bac professionnel, l’adaptabilité fait partie de l’histoire de la formation en esthétique. Dès 2003, les trois axes «esthétique, cosmétique et parfumerie» ont été institués pour tous les niveaux de diplôme. 2004 a vu la création du bac pro esthétique-cosmétique. En 2013, une mini-révolution se profile, avec un BTS profondément remanié.

Le CAP, plate-forme de lancement

Diplôme d’entrée dans la profession, rassemblant quelque 80% des lauréats, le CAP forme aux techniques de soin du visage, des mains et des pieds, mais également au conseil à la clientèle. Débouchés les plus fréquents : enseignes low cost de soins du visage, onglerie, manucurie et surtout épilation, mais aussi parfumerie sélective, thalasso, spas et centres de bien-être. «Réformé en 2008, le CAP est une plate-forme de lancement qui permet de maîtriser les grands axes de la technique et de la vente, explique Régine Ferrère, présidente de la Confédération nationale de l’esthétique parfumerie (Cnep). A la charge de chacun ensuite de se spécialiser via la poursuite d’études ou, pour les adultes en reconversion, via les formations continues ou complémentaires.» Les étudiants de bac pro ou de BTS passent habituellement le CAP, même s’il n’est pas obligatoire, en fin de première année.

Si les personnes venues sur le tard à l’esthétique via le seul CAP obtiennent d’excellents résultats, notamment pour la reprise d’instituts, Jérôme Héreil, président de la Fieppec (1), dissuade toutefois les jeunes de s’arrêter à ce niveau. «Certaines pratiques très demandées en institut, comme les soins corps et la prothésie ongulaire, ne figurent pas à son programme», prévient-il. D’autant que l’évolution des techniques (appareils, cosmétiques…) impose une hausse croissante du niveau général de compétences. «Notamment pour éviter les risques d’erreur de manipulation dans notre métier, trop souvent controversé par les professions médicales», confirme Virginie Bayle, directrice de l’Ecole européenne d’esthétique (EEE) d’Arras.

Une enquête Cnep/Opcalia/Credoc de fin 2008 a mis en lumière ce besoin de professionnalisation croissante. Dans le cadre de cette mutation, les esthéticiennes «doivent passer du stade artisanal à celui d’entrepreneur, avec toutes les compétences associées de gestion, administration, marketing et management», note le rapport. Si évolution il y a, cela suppose que «sur les 12 500 élèves qui sortent chaque année de l’école, 8 000 devraient être détenteurs d’un bac pro, d’un BTS ou d’un BP, contre 3 000 aujourd’hui». En 2011, ils étaient 16 000 diplômés, du CAP au BTS. Rien d’étonnant à ce que 80% des sortants du CAP en formation initiale poursuivent leurs études. «La moitié vers le BP (brevet professionnel), un quart vers des formations hors Education nationale et un dernier quart vers le bac pro», précise Alain Morice, directeur de l’Ecole privée internationale d’esthétique et de cosmétologie Françoise-Morice.

Le BP présente comme spécificité – et avantage numéro un – d’être préparé uniquement par alternance (apprentissage ou contrat de professionnalisation). «Il permet une professionnalisation par rapport au CAP via l’apprentissage de soins complémentaires, avec des compétences fortes en gestion-animation et communication. D’où des débouchés très larges, avec 100% d’insertion assurée pour les titulaires des deux diplômes d’Etat et d’une expérience de deux ans», souligne Jérôme Héreil. «C’est la voie royale pour le spa et pour les soins anti-âge, ajoute Régine Ferrère. En quelques années, la porte s’est ouverte vers le management d’équipe ou la reprise d’institut.» A noter, une formation de niveau III, le BM3 (brevet de maîtrise), a été créée en 2011 par la branche artisanale de la profession. Egalement accessible en alternance et en un an, elle vise à former des titulaires du BP à la gestion d’entreprise.

Le bac pro, lui, forme – en trois ans après la troisième ou en deux ans après la première – des conseillères de vente aptes à réaliser des soins esthétiques du visage et du corps, mais aussi à assurer l’animation des pôles de vente et leur gestion administrative et financière. Un diplôme légèrement plus corsé en enseignement général que le BP, avec lequel il partage le même bloc professionnel. Avec, en sus, plusieurs soins corps au programme (relaxant, amincissant, drainage lymphatique esthétique, digitopression), de la prothésie ongulaire et du maquillage artistique. «C’est pourquoi il est très prisé par les univers de la vente et de l’animation, par la parfumerie sélective en particulier», remarque Régine Ferrère. Les diplômés choisissent massivement d’entrer dans la vie professionnelle et moins de 10% poursuivent en BTS.

 

Le nouveau BTS fait des vagues

Titre phare de l’encadrement en esthétique-cosmétique, le BTS compte actuellement sur ses bancs une très large majorité de bacheliers généraux ou technologiques, certains passés au préalable par une année de mise à niveau en sciences et pratiques professionnelles. «C’est une filière exigeante, avec trois dominantes fortes : sciences, gestion-marketing et pratique», commente Jérôme Héreil. La rentrée 2012 a vu la dernière promotion de ce diplôme. Un nouveau BTS métiers de l’esthétique-cosmétique-parfumerie entrera en vigueur à la rentrée 2013. Il prévoit une spécialisation en seconde année, parmi trois filières au choix : expertise et conseils scientifiques et technologiques ; gestion, management et animation ; formation et communication professionnelle au niveau national et international.

Un projet qui avait fait, dès son annonce, l’objet d’une levée de boucliers de la part de certains syndicats, dénonçant une formation «au rabais», inadaptée à la réalité du métier et élaborée sans concertation avec les acteurs. «La coupe de deux tiers des enseignements professionnels constitue un risque majeur de perte de crédibilité pour les titulaires de ce BTS, au sein d’un environnement fortement concurrentiel et innovant», dénonce ainsi Jérôme Héreil. Les opposants à la réforme craignent aussi que cette nouvelle mouture ne favorise les sortants de bac pro esthétique, déjà formés à tout l’aspect technique, au détriment des bacheliers généraux et technologiques qui constituent quelque 90% des effectifs, et qu’elle pèche par manque de débouchés, notamment en laboratoire, dans la filière cosmétologique. «Les débouchés sont déjà quasi inexistants pour les actuels sortants de BTS, concurrencés par les licenciés en biochimie, les écoles spécialisées et les diplômes d’ingénieurs», avertit Alain Morice.

Des critiques contre lesquelles Régine Ferrère botte en touche. Selon elle, la polémique sur la diminution du nombre d’heures de pratique n’a pas lieu d’être. «Le BTS n’a pas vocation à former des praticiennes de l’esthétique, une mission dévolue au « bloc praticien » (CAP/BP). Le bac pro étant, de son côté, davantage consacré à la vente.» La réforme serait indispensable pour assurer de meilleurs débouchés aux sortants de BTS, actuellement souvent perdants car plus chers à l’embauche, face aux diplômés de bac pro et de BP, pour les mêmes postes. «Il permettra de préparer les jeunes pour des métiers émergents, issus de la profonde mutation du secteur : conseiller expert, formateur France-international, technicien en biométrologie et analyse sensorielle, spa manager…», énumère Régine Ferrère, qui compte recruter de nouveaux bacheliers et drainer un public initialement attiré par la filière MUC (management des unités commerciales).

Des formations «maison»

En attendant, les formations satisfont globalement les professionnels sur le plan des pratiques. En revanche, «les techniques de vente sont souvent survolées : on n’apprend pas aux élèves à interroger la cliente de manière pertinente, alors que la vente est la condition de survie d’un institut», regrette toutefois Dominique Pierson, créateur et dirigeant de DP Training, agence conseil en vente et management dans l’univers du luxe. Pour d’autres, comme Sandrine Pozol Bargueden, directrice de la formation Parfums de L’Oréal Luxe, la valeur du diplôme est à relativiser dans un secteur où les qualités personnelles sont essentielles. «Si le BTS, voire un bac +3 ou 4, s’imposent pour devenir formatrice chez nous, nous embauchons avant tout des personnes communicantes, créatives, curieuses, dotées d’un vrai sens de l’esthétique, très à l’aise sur l’utilisation du digital et parlant couramment au moins l’anglais. Une fois sur le terrain, la capacité de travail de la personne, sa persévérance et sa capacité à réussir feront la différence.» 

D’ailleurs, l’esthétique est un secteur où l’on se forme tout au long de la vie. La branche dispose de nombreuses formations ad hoc. Certaines écoles privées ont créé leurs propres titres pour répondre à un besoin spécifique du marché. L’Ecole européenne d’esthétique d’Arras propose ainsi, à des titulaires de bac pro ou de BTS, un enseignement complémentaire en un an «praticien spa arts traditionnels de bien-être», en partenariat avec Santayarea formation, consulting, développement. Et, au niveau de la branche, on compte quatre CQP (certificats de qualification professionnelle) : maquilleur conseil animateur, spa praticien, spa manager et styliste ongulaire. Tous créés depuis 2009.

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