design : «Mêler le savoir-faire et l’émotion»

Designer et architecte d’intérieur connu pour ses collaborations avec des éditeurs de mobilier, Noé Duchaufour-Lawrance s’est aussi fait remarquer en beauté avec Paco Rabanne et Yves Saint Laurent. Rencontre avec un créateur qui fait confiance à l’intuition.

Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler sur le flacon du parfum 1 Million de Paco Rabanne ?

Noé Duchaufour-Lawrance : Au départ, j’ai été consulté sur un projet architectural pour le prêt-à-porter. Je ne connaissais pas l’univers des cosmétiques mais cela m’intéressait de comprendre la mécanique d’une marque. Au-delà des règles marketing qui ne me concernent pas, j’arrive avec ma vision de créateur, mon ressenti. Je capte l’essence des choses de façon instinctive, à la différence d’un cabinet de tendances ou d’études marketing. Dans le cas de 1 Million, la forme de lingot d’or était dans le brief mais cela me semblait «too much». En même temps, le «too much» fait partie du langage de la marque. Elle a un côté tranchant, provocant, avec ses robes en plaque de métal. On était au début de la crise, en 2008, et le lingot valait son pesant de sens. Paco Rabanne lui-même m’a dit “Pourquoi je ne l’avais pas fait avant ?”. C’était le meilleur compliment que l’on pouvait me faire.

 

Vous avez ensuite créé la charte architecturale d’Yves Saint Laurent Beauté. Comment avez-vous abordé cette marque très différente?

N. D.-L. : Là encore, mon but n’est pas de me fondre dans la marque. J’ai une authenticité, une façon sincère de voir les choses. Yves Saint Laurent, c’est avant tout une personne, un être mystérieux, sombre, avec une sensibilité à fleur de peau qui le rendait triste. Comment exprimer cette énigme ? Je suis parti d’un cube noir comme dans 2001 l’Odyssée de l’espace, à connotation aussi bien positive que négative. L’intérieur, par un jeu d’ouvertures, est or. Ce concept sert de référent pour tout le mobilier de marque, stands, podiums, gondoles, présentoirs de maquillage… Quand je dessine, en général il y a de la courbe mais pas pour Yves Saint Laurent. C’est une marque tout en proportions, en décalage, en fluidité, mais pas en courbes.

 

Pourtant, le soin Forever Youth Liberator que vous avez dessiné n’est pas à angles droits.

N. D.-L. : Dans ce cas, je suis parti de l’idée des anciens pots de médecine chinoise. Ce projet a présenté une difficulté particulière dans la gestion du dégradé car en passant de la maquette à la fabrication en usine on a eu du mal à trouver la bonne teinte. Mais cette partie industrielle est vitale.

Yves Saint Laurent est une marque très sensorielle mais aussi très intellectualisée. Dans mon travail personnel, j’essaie de mêler le savoir-faire et l’émotion, d’apporter un côté vierge, brut, à notre culture construite sur le savoir. Pour moi la courbe est dans le prolongement du corps, elle permet d’accompagner les gens dans leur usage des objets.

 

Y a-t-il des réalisations d’autres marques de cosmétiques qui vous ont attiré l’œil ?

N. D.-L. : Le fabricant du flacon d’Essence de Narciso Rodriguez (SGD, NDLR) a trouvé un process de métallisation intérieure qui permet de créer des objets fascinants. Le designer Ross Lovegrove a rendu le résultat fluide. Je suis assez fasciné par ce qui se fait chez Aesop. Les boutiques sont des projets uniques à chaque fois, dont le produit fait le dénominateur commun. J’admire aussi la belle maison Guerlain.

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