Recherche : le vivant, source d’inspiration des actifs biomimétiques

Puisant leur inspiration dans le naturel, ces actifs se sont enfin fait une place dans le paysage de la cosmétique. Le concept, qui rassemble des définitions variées, révèle un portefeuille foisonnant. éclairage sur un principe d’avenir.

Technologies innovantes, architecture, équipements sportifs : le biomimétisme s’est imposé dans de nombreux domaines, y compris dans celui de la beauté. Cette approche prend modèle sur le vivant. En d’autres termes, elle puise son inspiration dans les propriétés issues de modèles biologiques.

L’utilisation des actifs biomimétiques n’est pas nouvelle. «Ce principe a toujours été présent en cosmétique puisque l’emploi des huiles végétales, déjà, permettait de renforcer le film hydrolipidique de surface naturellement présent sur la peau», raconte Laëtitia Abrioux, responsable scientifique au sein du Laboratoire Phyto-Actif, qui fabrique et commercialise des cosmétiques bio. Le fournisseur d’ingrédients Lucas Meyer Cosmetics rappelle pour sa part avoir élaboré son premier peptide biomimétique en 1993. Il faut croire qu’à l’époque, le concept n’était pas séduisant pour le consommateur. «Certaines marques ont abordé le sujet il y a déjà plusieurs années, souligne Estelle Loing, directrice R&D chez Lucas Meyer Cosmetics. Mais je dirais qu’il ne touche le grand public que depuis deux ou trois ans.» Signe qui ne trompe pas : le nombre de fournisseurs d’actifs biomimétiques s’est accru ces derniers temps.

De larges gammes d’actifs

Pour Estelle Loing, il existe plusieurs façons d’utiliser le biomimétisme. «Soit on apporte directement la même molécule ; soit on en élabore une qui mime son modèle ; soit on en utilise une tout à fait différente qui reproduit l’effet du modèle», détaille-t-elle. Elle pointe en outre l’intérêt de «faire la différence entre les molécules qui en miment donc une autre et celles à l’action biomimétique». Dans le portefeuille de Lucas Meyer, la Thymulen 4, qui reproduit une hormone de jeunesse – la Thymopoïétine -, pourrait donc être qualifiée de doublement biomimétique, car «elle ressemble à l’hormone tout en reproduisant le mécanisme d’action de celle-ci», commente la scientifique. D’autres fournisseurs, comme Soliance, proposent de larges gammes d’actifs. «Notre squalane est biomimétique du squalène, un lipide que l’on trouve dans la peau, explique Alexis Rannou, DG adjoint et responsable innovation. Le squalane peut être extrait de la fraction insaponifiable de l’huile d’olive ou encore obtenu par fermentation à partir du saccharose. Autre exemple, le Stimulhyal [une poudre de calcium 2-cétogluconate], qui active la production d’acide hyaluronique dans le derme via les fibroblastes.»

D’une façon générale, la démarche pourrait se décliner en trois étapes : «identification, compréhension, reproduction», énumère Christophe Paillet, directeur de la communication chez Exsymol. L’étape initiale passe par la connaissance du mécanisme naturel. Les cibles peuvent être des éléments constitutifs de la peau. On va rechercher les molécules qui activent les récepteurs produisant des effets intéressants. Le silicium, par exemple, participe à l’architecture de la peau, il est «essentiel pour la croissance, le développement et la régénération du tissu conjonctif cutané», poursuit Christophe Paillet. L’étape suivante consiste à mettre le doigt sur l’actif biomimétique. Toujours dans l’exemple du silicium, «il faut une forme qui soit métabolisable», explique-t-il. Enfin, la dernière étape, la reproduction, a débouché, dans notre exemple, sur la création des Silanols d’Exsymol, des dérivés du silicium organique biomimétiques de celui-ci.

Naturel et high-tech

Qu’il s’agisse de l’origine de la molécule ou du mécanisme d’action auquel on s’intéresse, le naturel est la principale source d’inspiration. Les phytohormones en sont un bon exemple. Molécules protectrices des végétaux présentes à l’origine en quantité infinitésimale dans la plante, «elles revêtent une démarche d’utilisation simple et leur usage ne nuit pas à la nature», indique Christophe Paillet. Le biomimétique met donc en jeu une dichotomie – d’un côté le vert, de l’autre le high-tech – plutôt séduisante. «Cette approche permet de faire le lien entre les deux univers», estime Estelle Loing.

Si le biomimétisme prend le plus souvent modèle sur l’homme, les mécanismes végétaux peuvent également être source d’inspiration. «En partant de l’idée d’essayer de recréer un environnement, nous pouvons, par exemple, reconstituer à petite échelle le mécanisme d’une plante», observe Anne Rossignol-Castera, directrice d’Oléos. C’est le fonctionnement des oléoactifs, les extraits huileux commercialisés par la société. «Il faut extraire les molécules de leur milieu naturel, poursuit-elle. Nous essayons d’avoir les complexes les plus natifs possibles de façon à être respectueux des écosystèmes des molécules.» Un principe végétal comme la chlorophylle, qui permet d’oxygéner les cellules de la plante, peut servir de modèle pour reproduire la même chose chez l’homme. Côté synthétique, on peut aussi trouver des actifs biomimétiques, comme certains peptides, mais pas homométiques, c’est-à-dire qu’ils ne possèdent pas d’homologie de structure avec leur molécule de «référence». «Il y a vingt ou trente ans, on utilisait beaucoup d’homométiques. Aujourd’hui, le biomimétique ou les molécules activatrices via des récepteurs ont pris le pas», commente Alexis Rannou.

L’étape suivante est «l’orientation vers le “biobetter”, le “biosupérieur”», affirme Christophe Paillet. En d’autres termes, si la molécule sélectionnée doit être active, il faut aussi que sa cible et son dosage soient maîtrisés. «Par exemple, la carnosine se rencontre à l’état naturel dans la peau. La version que nous proposons, la carcinine, est métabolisée beaucoup moins rapidement», illustre Christophe Paillet. Peut-on faire mieux que la nature ? Ce n’est pas l’intention. L’actif cosmétique souhaite normaliser le métabolisme «sans le dépasser. Nous ne visons pas une activité supérieure, mais une meilleure mise à disposition».

«En cosmétique, ce qui nous distingue par exemple de la pharmacie, c’est que nous ne recherchons pas la modification organique mais la modification cellulaire», souligne Alexis Rannou. Le développement de nouveaux actifs biomimétiques passe par un savoir en matière de production, de sourcing, de technique d’extraction. «Heureusement, il y a des start-up très créatives. On ne peut pas s’en passer», estime-t-il. Il faut également être en ligne réglementairement parlant, ce qui est de plus en plus difficile. Les possibilités semblent illimitées tant il reste à découvrir de mécanismes d’action liés au vieillissement – le domaine phare dans lequel s’inscrivent les actifs biomimétiques.

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