Carte blanche : antoine Lie

Cet Alsacien – ils ne sont pas nombreux dans la profession – travaille aujourd’hui chez Takasago. Son Violet Blonde réalisé pour Tom Ford quand il était chez Givaudan vient d’être couronné par un Fifi américain.

Les hommes et les femmes qui ont compté

J’étais adolescent lorsque j’ai découvert que cette profession existait mais je n’avais aucune connexion dans le métier. Alors que j’étais étudiant en chimie, j’ai rencontré Nathalie Feisthauer, l’autre Alsacienne de ce secteur. à l’époque, elle était chez Roure et c’est elle qui m’a conseillé leur école. J’ai ensuite rencontré Jean Amic (photo), qui en était le patron. Cela a tout changé dans ma vie. Je dois aussi citer Karyn Khoury, qui développe les parfums dans le groupe Lauder, pour sa vision et son respect du parfumeur et Christian Astuguevieille (Comme des Garçons) pour ses idées déjantées et uniques. Il m’a permis d’explorer des territoires olfactifs inattendus. Et mon admiration va à Germaine Cellier, qui a créé Bandit (1944) et Fracas (1948) pour Piguet et Vent Vert chez Balmain (1947). Cette audacieuse a su imposer un style de formulation révolutionnaire et indémodable.

Les matières qui l’ont marqué

J’ai toujours été plus sensible aux souvenirs olfactifs que visuels. Je me souviens de parfums que ma mère portait, comme le N°19 de Chanel ou Opium de YSL. Cela explique peut-être mon attrait pour les matières racinaires telles que l’iris et surtout le vétiver. Celui-ci est ma vraie passion. J’aimerais moderniser cette note qui revient sur le devant de la scène, créer un vétiver (photo) pour femme, en l’utilisant par exemple à la place du patchouli dans un chypre. J’apprécie également les ingrédients de synthèse, notamment le trans-2-nonenal, aldéhydé et irisé, et le Boisiris.

Les parfums qu’il porte

Comme tous les parfumeurs, ceux sur lesquels je suis en train de travailler, mais quand je peux, deux que j’ai créés, L’Essence de Cerruti et Vierges et Toreros pour État Libre d’Orange travaillé avec Antoine Maisondieu. C’est une tubéreuse pour homme et je trouve que les floraux masculins sont un thème à explorer.

Les sources qui l’inspirent

Je suis un vrai citadin. La nature en elle-même ne m’inspire pas particulièrement. En revanche, la peinture, le cinéma, la sculpture, la musique peuvent déclencher des inspirations. Soulages m’intéresse par sa texture et sa densité monochrome. Cela m’aide à donner du relief à un parfum. Côté films, quand je vois un Stanley Kubrick ou un David Lynch, la justesse scénographique des décors feutrés, oppressants, envoûtants m’interpelle. Je m’intéresse au double jeu, j’aime travailler par contrastes.

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