Achat-vente : cOTY PEUT-IL AVALER AVON ?

De passage à Paris en décembre dernier, Bernd Beetz, PDG de Coty Inc., a fait le point sur la croissance accélérée du groupe.

Ce fut la surprise du printemps, même si Coty avait habitué l’industrie à une frénésie d’acquisitions. En transmettant au board d’Avon une offre de rachat pour 10 milliards de dollars (Md$), le groupe américain dirigé par Bernd Beetz change de dimension. Avon a réalisé en 2011 un CA de 11,3 Md$, alors que les ventes de Coty s’élèvent à 4,5 Md$, avec une croissance annuelle de 7% en comparable. On peut surtout y voir un changement de stratégie. «Après avoir diversifié son portefeuille par métiers en rééquilibrant les parfums (NDLR : ceux-ci ne représentent plus  »que » 57% du CA) avec les cosmétiques et par zones géographiques, Coty diversifierait ainsi ses canaux de distribution avec la vente en réunion à domicile, explique Ariel Ohana, fondateur de la banque d’affaires du même nom. Mais peut-on parler de diversification de portefeuille compte tenu de la taille de la cible ? Ou s’agit-il d’un changement de centre de gravité ?» Ce virage ne laisse pas les analystes indifférents. Mark Astrachan, pour la société de Bourse Stifel Nicolaus, juge qu’il est difficile de combiner les modèles d’Avon et de Coty. RJ Hottovy, de l’agence Morningstar, ajoute : «Les ambassadrices d’Avon ne peuvent pas accepter pas de voir leurs produits en linéaire. La spécificité de ce modèle fait que les autres offres d’achat crédibles ne peuvent venir de groupes classiques de beauté», et envisage plutôt l’arrivée de fonds d’investissement. à l’instar de Coty, ceux-ci pourraient être séduits par la faiblesse du cours d’Avon, reflet des difficultés du groupe. Mark Astrachan estime que même une nouvelle direction ne pourrait mettre en place rapidement un plan de restructuration.

Pourtant, l’offre de Coty est jugée insuffisante par les dirigeants d’Avon – qui, à l’heure où nous bouclons, la rejettent – et par certains analystes. Lauren Lieberman (Barclays Capital) rappelle qu’elle s’élève à 1,1 fois la prévision de CA pour cette année et à 8,8 fois l’Ebitda. Ce qui est peu comparé aux autres acquisitions du secteur. Mais les négociations ne font que débuter et le prix devrait monter, d’autres acquéreurs pouvant entrer dans la danse. Et les actionnaires, qui ont vu le cours d’Avon baisser de 40% en un an, se laisser séduire. Avec la plus importante acquisition réalisée depuis longtemps dans la beauté, Coty passerait dans le camp des très grands en créant cet ensemble Avon-Coty.

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