Présidentielles : les candidats nous répondent

Soutien aux PME, réglementation, Reach, ambitions pour le made in France… François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly, en piste pour les élections, dévoilent leur programme pour le secteur cosmétique.

À l’approche de l’élection du prochain président de la République, CosmétiqueMag a demandé aux candidats de préciser leur programme concernant le secteur des cosmétiques. Objectif : forcer les politiques à répondre aux attentes d’un univers au poids économique souvent méconnu (lire chiffres ci-contre). Quand un président de la République part en voyage d’affaires avec des patrons exportateurs, la beauté ne semble pas exister alors que la France compte des champions mondiaux, à commencer par le leader, le groupe L’Oréal (20,34 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011), dont la production est réalisée à 25% en France (10% du CA). Lors de la présentation des résultats 2011, Jean-Paul Agon, son PDG, rappelait : «Nous sommes fermement décidés à ne pas lâcher l’Europe de l’Ouest et notre marché domestique. Nous devons y renforcer nos parts de marché». L’industrie compte aussi LVMH (Dior, Sephora…), Chanel, Yves Rocher, Pierre Fabre, sans oublier un important tissu de PME et de sous-traitants.

Mi-janvier, tous ont reçu par mail un questionnaire composé de huit grands thèmes : leur connaissance des dirigeants de ce secteur essentiel à l’économie, leurs positions à l’égard de Reach, des parabènes, des sels d’aluminium ou encore des nanomatériaux et autres ingrédients au coeur des débats publics. CosmétiqueMag souhaitait aussi qu’ils explicitent leur programme pour défendre les PME, la recherche et les pôles de compétitivité. Les candidats devaient, enfin, dévoiler leurs ambitions concernant le made in France.

Les réponses sont arrivées en ordre dispersé. François Hollande et François Bayrou furent les premiers à envoyer leurs réactions, qu’ils assurent avoir rédigées eux-mêmes. Le ton est d’ailleurs très personnel. L’UMP a répondu avant la candidature officielle de Nicolas Sarkozy de février dernier. C’est donc Olivier Carré, secrétaire national aux stratégies économiques, qui a planché à sa place. Jean-Luc Mélenchon n’a pas pris la plume non plus et c’est Martine Billard, co-présidente du Parti de gauche, qui s’exprime en son nom. Enfin, deux candidates, Marine Le Pen et Eva Joly, ont laissé carte blanche à leurs attachées de presse.

Le résultat est à la fois hétérogène, exclusif et instructif. Certains leaders n’ont pas réagi sur le bio ou la réforme de l’Afssaps. Mais tous se sentent très concernés par la défense des PME (souvent en opposition aux grands groupes) et de la recherche et développement. Il a même fallu synthétiser les réponses les plus longues. L’analyse des blocages et les stratégies d’aide varient, mais le soutien est unanime. Enfin, les politiques s’engagent avec fermeté sur les polémiques de santé publique provoquées par les parabènes et autres molécules.

7,57 milliards

C’est, en euros, le montant de l’excédent commercial français en 2010, soit une croissance de 9,4% par rapport à 2009. Les exportations sont 4,8 fois supérieures aux importations, qui augmentent quant à elles de 8,5%

3e position

L’industrie de la beauté représente le 3e secteur exportateur de l’économie française (solde net). Elle arrive derrière la construction aéronautique et spatiale et les boissons.

9,54 milliards

C’est, en euros, le montant des exportations (prix production, hors taxes) de l’industrie de la beauté en 2010. Dans le top 5 des plus grands clients de la France, l’Allemagne (1,36 Md€, à +10,8%), le Royaume-Uni (772 M€, -3,7%), l’Espagne (737 M€, +9,5%), les États-Unis (684 M€, +14,6%) et l’Italie (675 M€, +2%).

+9,2%

2010 a été marquée par le retour de la croissance sur les marchés étrangers. Et la zone Amérique latine affiche la plus forte progression avec +24,5%, devant l’Europe hors Union européenne (+20%) et l’Extrême-Orient (+19%).

Source : Febea, données 2010

CONNAISSEZ-VOUS DES PATRONS DANS LE SECTEUR DES COSMÉTIQUES ?

François Hollande : À travers les différentes responsabilités que j’ai exercées au cours des trente dernières années, j’ai eu l’occasion, bien sûr, de croiser certains patrons de groupes ou de PME travaillant dans la filière cosmétique. Mais je n’ai pas d’amitié spécifique à vous citer.

Nicolas Sarkozy : Je ne vais pas vous faire une liste des sympathisants de l’UMP qui travaillent dans les cosmétiques, mais ils sont nombreux car c’est un secteur d’avenir, très engagé pour la «marque France», comme nous !

Marine Le Pen : Non, elle ne connaît aucun dirigeant dans ce secteur.

François Bayrou : Bien entendu ! En décembre dernier, je me suis rendu à l’usine «Élysée Cosmétiques», spécialisée dans le remplissage d’aérosols, à Forbach, en Moselle. J’ai pu y constater le savoir-faire de la production française en matière de cosmétiques, mais également les difficultés rencontrées dans le secteur, notamment celle d’obtenir la confiance des banques…

Jean-Luc Mélenchon : Non. Mais il est intéressant de commencer de la sorte votre questionnaire, car la prévention des conflits d’intérêt passe aussi par la transparence sur les liens entre responsables politiques et patrons de tel ou tel secteur. Non que de tels liens induisent nécessairement un conflit d’intérêt, mais le risque existe et les citoyens doivent savoir à quoi s’en tenir.

Eva Joly : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

QUELLE EST VOTRE POSITION SUR REACH ?

François Hollande : L’industrie cosmétique ne peut se permettre de rompre le lien de confiance qu’elle a tissé avec ses clients, après de nombreuses années sans problème sanitaire provoqué par un produit cosmétique. La directive Reach est une étape importante dans l’amélioration de la sécurité des consommateurs, perfectible comme toute première pierre d’un édifice complexe. Les inquiétudes récemment renouvelées sur la possible nocivité de produits comme les parabènes ou les phtalates montrent que l’enjeu de la confiance reste majeur.

Nicolas Sarkozy : C’est une réglementation qui va permettre de mieux connaître des milliers de substances chimiques et d’en maîtriser les risques éventuels. Cela nous permettra ainsi d’évoluer dans un environnement plus sain.

Le fait que ce soit un règlement harmonisé au niveau européen permet d’éviter toute concurrence déloyale. Lors des négociations préalables, certains industriels ont fait part de leurs inquiétudes ; nous sommes maintenant entrés dans la mise en oeuvre concrète, qui semble se faire sans difficulté majeure.

Marine Le Pen : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

François Bayrou : En 2005, nous avons soutenu le règlement Reach, car il présentait des innovations, comme l’obligation faite aux industriels de démontrer l’innocuité des substances qu’ils mettent sur le marché. Sa révision est à l’ordre du jour en 2012. Il faut rester vigilant afin que les modalités d’enregistrement des produits chimiques ne soient pas édulcorées et que des substances potentiellement dangereuses ne risquent pas ainsi d’échapper au contrôle de l’agence.

Jean-Luc Mélenchon : Cette directive est typique des textes européens fondés sur des principes justes, mais affaiblis par le lobbying des industriels. La multiplication des produits chimiques coïncide avec l’explosion des cancers. Il est essentiel que l’impact des molécules sur la santé des humains et sur l’environnement fasse l’objet de recherches, aux frais de ceux qui les produisent. C’est à eux de prouver leur innocuité. Reach laisse en friche la question des interactions. Le nombre des produits concernés par cette directive, suite aux interventions de l’industrie chimique, est insuffisant. Nous devons renforcer la réglementation. Ce peut être un frein au commerce et au profit de court terme, mais c’est stimulant pour la recherche. L’industrie y trouvera son compte à moyen terme – y compris en matière d’emplois et de qualification.

Eva Joly : Reach est une avancée incontestable. Il est légitime d’exiger de tels efforts de la part des industriels. Mais cette réglementation est encore jeune et donc sous observation. Attendons le 1er juin, que la Commission européenne dévoile publiquement son évaluation de la pertinence et de l’efficacité de Reach. Deux points sont essentiels. Il s’agit d’être vigilant sur le respect des délais d’application des règles par les entreprises et sur la possibilité de remplacer une matière nocive par une autre sans danger.

ÊTES-VOUS PRO OU ANTI-PARABÈNES ET AUTRES INGRÉDIENTS CONTESTÉS ?

François Hollande : Toute décision d’interdiction doit reposer sur des études scientifiques. Il existe aujourd’hui des doutes sérieux sur les parabènes et leur impact sur la santé. En cas de doute et lorsque des alternatives existent, comme c’est le cas pour la fabrication des cosmétiques, je crois qu’il est toujours préférable d’appliquer le principe de précaution.

Nicolas Sarkozy : C’est avant tout aux experts scientifiques et à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) d’évaluer les dangers d’une substance. Lorsque des risques sont avérés, comme on l’a vu avec le bisphénol A, il faut prendre des mesures pour maîtriser ces risques et, si besoin, interdire le produit. Il faut notamment être très vigilant pour les populations les plus sensibles. Si les experts, comme l’Anses, recommandaient de prendre des mesures sur les parabènes ou l’aluminium, il faudrait le faire. Sur les nanomatériaux, nous sommes dans l’application du principe de précaution, qui n’est pas un principe d’interdiction. D’un point de vue général, je pense que lorsqu’on veut aller plus loin que les recommandations européennes, il faut veiller à ne pas entraver nos entreprises dans la compétition avec leurs concurrents européens.

Marine Le Pen : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

François Bayrou : J’ai voté en 2011 en faveur de la loi visant à interdire l’utilisation des phtalates, des parabènes et des alkylphénols. Il faut tout faire pour réduire l’exposition de la population à ces molécules. C’est une question de santé publique, donc une bonne précaution.

Jean-Luc Mélenchon : Le Front de gauche a voté en faveur de l’interdiction d’utiliser des phtalates, des parabènes et des alkylphénols. L’opposition du gouvernement à ce texte fait qu’il reste en attente d’une adoption définitive. Ce n’est pas responsable. Le principe de précaution exige que l’innocuité d’un produit soit prouvée avant sa dissémination. Or, les études classant les parabènes parmi les perturbateurs endocriniens et l’aluminium parmi les substances toxiques se sont développées. Sur les nanomatériaux, nous manquons de recul. Pour ne pas reproduire le drame de l’amiante, il est nécessaire de prendre le temps de comprendre comment de tels matériaux interagissent avec les êtres vivants. Pour ce qui concerne les cosmétiques bio, c’est le temps de l’autoproclamation. Qu’une plante issue de l’agriculture biologique entre dans la composition d’un produit, et le voici étiqueté «bio». Une labellisation claire devrait être mise en place avec des organismes de contrôle.

Eva Joly : Les Verts sont favorables à leur suppression, notamment dans les produits destinés aux bébés. Certains industriels ont réagi en les supprimant, mais il reste encore des substances chimiques dans notre environnement qui ont une incidence sur la fertilité et les risques de cancer.

QUEL JUGEMENT PORTEZ-VOUS SUR L’AFSSAPS ?

François Hollande : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Nicolas Sarkozy : Cette question doit être tranchée dans le cadre d’un dialogue approfondi entre les autorités et les professionnels du secteur. Il faut trouver un bon équilibre entre sécurité sanitaire et innovation. Mais la santé des consommateurs doit toujours primer sur les intérêts économiques quels qu’ils soient.

Marine Le Pen : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

François Bayrou : Il faut réformer l’Afssaps. Je souhaite la création d’une autorité indépendante, sur le modèle de l’Autorité de sûreté nucléaire, chargée de l’alerte, constituée d’experts totalement indépendants. Dès 2007, j’avais inscrit cette mesure essentielle dans mon programme. Actuellement, ce sont les mêmes qui sont chargés de dire s’il y a un problème et de mener l’enquête ! Il faut que cette autorité puisse être saisie par les patients, les praticiens, les pharmaciens… Elle n’aurait qu’une seule mission : révéler le problème et tirer à temps la sonnette d’alarme !

Jean-Luc Mélenchon : Une réforme de l’Afssaps est nécessaire… pour toutes ses missions, et notamment pour renforcer ses garanties d’indépendance. Un contrôle citoyen sera mis en place. Le secteur de la chimie doit être soumis à des règles plus rigoureuses en matière de recherche et de transparence sur les effets induits sur la santé. Les interactions doivent également être évaluées.

Ce renforcement de la réglementation aura des répercussions sur l’industrie des cosmétiques, car davantage d’études préalables devront être fournies par les fabricants. L’Afssaps devra être dotée de moyens supplémentaires pour faire face au surcroît de travail induit par ce contrôle renforcé. Pour autant, la distinction entre cosmétique et produit pharmaceutique conduit à ne pas aller jusqu’à étendre la procédure d’Autorisation préalable de mise sur le marché.

Eva Joly : Oui, certainement. Il faut imposer une vraie transparence dans le fonctionnement de l’Afssaps, dont certains membres ont gardé des liens forts avec les fabricants. Il faut supprimer les risques de conflits d’intérêt. Il est également impératif de réformer les agences européennes qui connaissent les mêmes travers.

COMMENT FAIRE ÉVOLUER LE CRÉDIT D’IMPÔT RECHERCHE ?

François Hollande : Nous avons deux problèmes principaux. D’une part, le sous-investissement de nos entreprises dans le secteur R&D ; d’autre part, la difficulté à valoriser économiquement les découvertes de nos scientifiques. Il faut donc à la fois renforcer la recherche et mettre en place les conditions de sa valorisation. Pour cela, il nous faudra faire évoluer le crédit d’impôt recherche (CIR) en limitant l’effet d’aubaine, en l’orientant prioritairement vers les PME innovantes et en favorisant l’embauche de jeunes docteurs. Il faudra simplifier le «mille-feuille institutionnel» que la droite a créé, afin que les scientifiques se consacrent à leur mission. Nous renouerons avec des logiques de coopération, de mutualisation et de mise en réseau.

Nicolas Sarkozy : Ce crédit est une belle réussite. Les PME sont, notamment, mieux soutenues que les grands groupes, ce qui est une bonne chose. Pourquoi vouloir casser ce qui marche ? Nous devons continuer à soutenir la recherche, comme nous l’avons fait depuis 2007 avec le CIR, les pôles de compétitivité – celui de la Cosmetic Valley marche très bien -, le programme des «Investissements d’avenir» et la réforme des universités. C’est une stratégie globale qui va permettre à la France de retrouver le leadership dans la recherche privée. En ce qui concerne les PME, la convergence fiscale européenne de l’impôt sur les sociétés doit être l’occasion de leur donner plus de moyens pour innover, c’est-à-dire prendre des risques au moment de l’élaboration et du lancement de leurs nouveaux produits.

Marine Le Pen : Le crédit d’impôt recherche visera en priorité les PME/PMI innovantes et cessera de constituer une subvention non justifiée aux très grands groupes qui délocalisent. Il sera conditionné au maintien intégral des centres de recherche et de développement en France.

François Bayrou : L’innovation et la recherche sont les clés du redressement de la production dans notre pays. C’est pourquoi j’ai annoncé la mise en place d’un nouveau «crédit d’impôt innovation», accordé à toute PME qui choisirait de faire appel à un laboratoire universitaire, en parallèle du crédit d’impôt recherche. Il s’agit de favoriser ainsi l’innovation au sein des PME et de tisser des réseaux entre les universités et les entreprises françaises.

Jean-Luc Mélenchon : Ce crédit est une véritable niche fiscale, qui sera supprimée. La recherche doit prioritairement être publique, l’État doit réinvestir en s’appuyant sur un pôle public, ce qui en garantira l’indépendance par rapport aux intérêts particuliers. Une recherche publique performante est une des conditions pour réussir la transformation écologique de l’économie. Dans le cadre de la planification écologique, le rôle des lanceurs d’alerte doit être reconnu. Les objectifs de recherche doivent faire l’objet d’une évaluation citoyenne, visant à l’équilibre entre développement des connaissances, principe de précaution et garantie de l’intérêt général. C’est ainsi que les limites seront définies, entre autres pour les biotechnologies.

Eva Joly : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

COMMENT ENVISAGEZ-VOUS DE SOUTENIR LES PME ?

François Hollande : J’ai fait des PME l’axe central du Pacte productif que je propose pour redresser notre pays. Dans la comparaison avec l’Allemagne – très en vogue -, je suis persuadé que la question du Mittelstand, ces grosses PME compétitives et exportatrices, est centrale. J’ai donc proposé un éventail de mesures pour accompagner l’émergence d’un tissu d’entreprises de taille intermédiaire sur notre territoire. Je pense à une banque publique d’investissement financée par la création d’un livret d’épargne industrie, à la réorientation du crédit d’impôt recherche évoqué plus haut, ainsi qu’à la modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de leur taille.

Nicolas Sarkozy : En les laissant s’occuper de leurs clients, de leurs salariés et de leurs actionnaires. Il faut les laisser se développer et arrêter de changer tout le temps les règles du jeu. Effets de seuil, accès aux financements, complexité administrative, toute notre politique économique doit être repensée autour d’une seule question : est-ce oui ou non favorable au développement des PME ? De plus, nous voulons multiplier les guichets uniques, pour que chaque patron de PME n’ait qu’un seul interlocuteur. Il faut simplifier la vie quotidienne des PME et freiner la sur-administration qui s’est amplifiée dans notre pays ! Enfin, les grands groupes doivent considérer leurs sous-traitants comme des partenaires si on veut pouvoir conquérir de nouveaux marchés à l’export.

Marine Le Pen : Notre tissu de PME-PMI ne cesse de s’affaiblir. L’État stratège que nous voulons restaurer aura pour mission d’être le partenaire des PME et de faciliter leurs démarches afin de ne pas faire peser sur elles des charges indirectes et des freins supplémentaires. Sous l’autorité du ministre de l’Économie, de l’Entreprise et du Travail, nous lancerons la Grande réforme de la simplification (GRS) des contraintes administratives. Par ailleurs, l’impôt sur les sociétés sera réformé pour encourager le réinvestissement des bénéfices en France et mettre fin à la sous-imposition massive des grands groupes. Il faudra aussi faciliter le financement des entreprises. Nous entamerons avec les banques des négociations afin qu’elles fassent leur métier. Il s’agira de mettre en place une politique ferme vis-à-vis des banques en renforçant le dispositif de médiateur du crédit. Une véritable banque publique de financement des PME sera créée pour démultiplier l’action d’Oséo.

François Bayrou : La préservation de leur dynamisme est essentielle. Je propose quatre mesures :

– Le développement d’un réseau entre les PME et les grandes entreprises afin que les premières bénéficient de l’expertise, de la capacité d’exportation et d’innovation des secondes.

– La création d’une aide au financement décentralisée pour les PME afin de sécuriser leur épargne et leurs besoins de financement en fonds propres. Une ou plusieurs banques d’économie mixte de soutien aux PME seront créées. Ces établissements bancaires seront décentralisés, en associant les collectivités territoriales.

– La mise en place d’un avantage fiscal à destination des grandes entreprises qui auront créé une structure d’investissement en direction des PME ou pris une participation dans une telle structure.

– La création d’un statut pour les business angels : il faut permettre aux entre- prises qui soutiennent la création de start-up de bénéficier d’avantages fiscaux.

Jean-Luc Mélenchon : Les PME ont besoin de stabilité et de prévisibilité. Leur activité sera soutenue par la politique de relance, basée sur l’augmentation des salaires. Le pôle public bancaire que nous mettrons en place leur assurera un accès à un crédit peu cher pour leur trésorerie. Aujourd’hui, elles subissent un taux d’escompte élevé, contrairement aux grandes entreprises qui s’appuient sur le volume de leurs demandes. Les PME pourront compter sur un taux d’escompte ramené à zéro. La planification écologique donnera des objectifs à la totalité des activités économiques. Cette transformation nécessitera l’immobilisation de capitaux, rendue possible par la «définanciarisation» de l’économie. Actuellement, plus de la moitié des PME sont dépendantes des grands groupes. Ces derniers devront assumer leurs responsabilités environnementales et sociales à l’égard de leurs sous-traitants.

Eva Joly : Un pacte pour les PME réorientera l’aide à l’innovation vers les PME et modulera le soutien public pour favoriser les entreprises qui contribuent à la transition écologique.

QUID DES PÔLES DE COMPÉTITIVITÉ TELS QUE LA COSMETIC VALLEY ?

François Hollande : Les pôles de compétitivité ont marqué une avancée dans la plupart des filières. Le problème global est que ce dispositif est noyé dans un ensemble d’une extrême complexité, liée à la mise en oeuvre du grand emprunt. Il faudra conforter les réussites du type Cosmetic Valley, mais aussi remettre de la clarté. On ne peut pas oeuvrer au développement économique, sur une base territoriale, avec des circuits et des méthodes de type dirigiste.

Nicolas Sarkozy : Ces pôles sont globalement des réussites. Nous les avons largement soutenus dans leur développement. Nous pouvons progresser avec les professionnels, les centres de formation, les bassins de vie, pour qu’ils agissent encore davantage comme des catalyseurs d’activité. La Cosmetic Valley rassemble aujourd’hui plus de 400 PME-PMI qui participent au rayonnement de la France, c’est un bon exemple du Made in France que nous défendons. La création du premier Institut des biomédicaments et cosmétiques à vocation internationale, lancée en juillet dernier, s’inscrit dans cette stratégie ambitieuse.

Marine Le Pen : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

François Bayrou : Les mises en réseau doivent être envisagées au sens large. Je pense notamment à des échanges entre les PME et les grandes entreprises, tout comme avec les grands centres universitaires. Il faut repenser ces dynamiques. C’est à partir de là que notre pays gagnera la bataille de l’innovation.

Jean-Luc Mélenchon : Nous abolirons les pôles de compétitivité, qui concentrent les activités sur quelques lieux dans une mise en concurrence des territoires, au profit de pôles de coopération permettant de mieux lier recherche, formation, production et emploi. Nous créerons des pôles publics de l’industrie à l’échelle territoriale, qui rassembleront les partenaires publics et privés, et travailleront en liaison avec les forums citoyens des sciences et de la technologie ou d’autres instances de recherche. Ce n’est pas vraiment le cas de la Cosmetic Valley, qui couvre trois régions et six départements – le terme «Valley» est ici bien plus métaphorique que géographique.

Eva Joly : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

QUELLES SONT VOS AMBITIONS CONCERNANT LE MADE IN FRANCE ?

François Hollande : Je n’ai pas d’objection à embarquer des patrons lors des déplacements présidentiels. Nous y réfléchirons en temps utile, en fonction du contexte et des opportunités.

Nicolas Sarkozy : Ce sont toutes nos filières d’exportation qu’il faut dynamiser. Mais les cosmétiques français sont probablement les meilleurs du monde et ils ont un rôle prépondérant à jouer dans le rayonnement de la France. Au-delà des groupes, de nombreuses PME se battent tous les jours sur des marchés très concurrentiels ; c’est sur elles que nous devons concentrer notre soutien.

Marine Le Pen : Une loi «Achetons français», votée sur le modèle des lois Buy American ou Buy Brazilian incitera les administrations d’État et les collectivités territoriales à acheter prioritairement des produits français.

François Bayrou : Il faut reconstruire l’image de marque de notre pays. L’industrie de la cosmétique y contribue beaucoup à l’étranger, où le savoir-faire français est reconnu. Il faut veiller à rester parmi les leaders mondiaux et préserver nos exportations. J’ai proposé la mise en place d’un label «produit en France» accordé sur demande de l’entreprise, librement, sans qu’il soit imposé à qui que ce soit. Ce label indiquera aux consommateurs de manière transparente quel pourcentage de la valeur ajoutée du produit a été réalisé en France. Il sera décliné pour les cosmétiques. Le label nous aidera aussi à prendre conscience de nos forces, de la qualité et de l’excellence de notre production.

Jean-Luc Mélenchon : Il est impératif de privilégier les circuits courts et la relocalisation de la production, dans tous les secteurs. L’image de marque de la France dans le domaine des cosmétiques est bonne. Le niveau élevé d’exigence au plan environnemental et social qui est le nôtre ne pourra que la servir. La VIe République que le Front de Gauche souhaite mettre en place distingue clairement intérêt général et intérêts privés. Elle repose sur une conception de la politique et des institutions qui n’admet aucune confusion des rôles : si le futur président aura tout lieu de se montrer fier des savoirs et savoir-faire de nos producteurs, et aura à coeur de les valoriser à l’étranger, cela ne signifie pas qu’il devra se prendre pour un VRP. La France y gagnera en respect, et nos entreprises en tireront profit plus sûrement que de la confusion actuelle.

Eva Joly : N’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Par souci d’équité, les candidats sont classés en fonction des résultats d’un sondage BVA du 17 février, date des derniers retours du questionnaire.

Vous souhaitez réagir sur les propositions des candidats ? Faites-nous le savoir, nous en ferons écho dans nos publications. sdeseze@reedbusiness.fr

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