Socio-esthéticiennes : elles mettent du baume aux vies

Illuminer les quotidiens difficiles en embellissant les corps, c’est la mission des socio-esthéticiennes. Qui l’accomplissent loin des instituts, et en particulier en milieu hospitalier.

«À l’hôpital, et notamment en cancérologie, le corps est blessé par des chirurgies mutilantes, par les traitements. Nous essayons de (re)donner au patient l’occasion d’être un peu plus dans le plaisir, de ressentir du bien-être», explique Janick Alloncle, socio-esthéticienne à l’hôpital Tenon, à Paris. Une jolie façon de décrire un métier inscrit depuis 2004 dans le répertoire de la fonction publique hospitalière mais présenté en termes quasi clini-ques : «Réaliser des soins socio-esthétiques adaptés, le toucher relationnel, l’hygiène corporelle appliquée et les soins portés sur l’apparence de la personne».

L’intégration de personnel spécialisé en esthétique au sein du milieu hospitalier a débuté dans les années 1960 dans les pays anglo-saxons. Elle a bénéficié d’un statut en France à partir de 1978 avec la création du Cours d’esthétique à option humanitaire et sociale (Codes) par Renée Rousière, qui avait commencé à expérimenter cette pratique au CHU de Tours. «Elle est destinée à soulager des populations souffrantes et fragilisées par une atteinte à leur intégrité physique (maladie, accident, vieillesse…), psychique ou en détresse sociale (chômage, détention…). L’objectif est de leur apporter du bien-être et de les aider à retrouver une meilleure image d’elles-mêmes», précise Marie-Aude Torres Maguedano, directrice du Codes.

Une prestation encadrée

Parmi les lieux d’intervention on trouve des centres spécialisés (désintoxication, anorexie…) ou des maisons d’arrêt. Mais surtout des hôpitaux, particulièrement en cancérologie depuis qu’en 2003, la socio-esthétique a été inscrite au Plan Cancer en tant que soin de support en onco-hématologie. Si une partie des esthéticiennes sont salariées des établissements où elles travaillent, le métier peut aussi être exercé au sein d’associations privées comme le CEW et/ou à titre indépendant (artisan, auto-entrepreneur, vacataire).

La mission de la socio-esthéticienne rejoint celle pratiquée en institut sauf qu’ici, la prestation est gratuite et surtout, ciblée et encadrée : le choix des soins, toujours validé par le personnel soignant, nécessite une formation pointue des socio-esthéticiennes. Pas sur le plan technique, car les formations homologuées s’adressent à des professionnelles au minimum titulaires du CAP Esthétique-Cosmétique. Mais sur le plan des connaissances médicales (biologie, cancérologie, chirurgie réparatrice, dermatologie…) et psychologiques. «Il est important de ne jamais oublier qu’on est face à quelqu’un qui souffre. Également d’être informées sur les pathologies, les effets secondaires ou l’évolution de la maladie», confirme Carole Lamaud, qui exerce, entre autres, dans les services d’oncologie et soins palliatifs de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, via le CEW. Car il faut travailler en parfait lien avec l’équipe médicale pour éviter des gestes apparemment anodins mais dangereux dans certains cas : ainsi, il est préférable d’éviter le trempage ou le coupage des cuticules en oncologie, pas d’effleurage du dos en cas de métastases de la colonne, etc.

Ces limites médicales posées, la socio-esthéticienne se retrouve en terrain familier… ou presque, car plusieurs aspects diffèrent de la pratique en institut. Au niveau de la tenue, ce sera, pour l’hôpital, quasiment toujours la blouse blanche. «Je la laisse entrouverte pour m’annoncer d’emblée différente, avoue Janick Alloncle. Je ne viens pas pour faire des soins médicaux mais de bien-être.» Côté cabine, on trouve parfois une petite pièce dédiée, où la socio-esthéticienne s’applique à recréer un espace cocon. Mais souvent, «l’atelier» est transporté sur un chariot afin de prodiguer des soins à des patientes alitées. Le CEW a développé des méthodes de modelage que l’on peut pratiquer assise sur le lit et même par-dessus le drap, pour les patients dont le corps est tuméfié. «Le toucher est loin d’être neutre, précise Marie-Aude Torres Maguedano, c’est un outil très fort de communication non verbale, et il faut respecter les demandes et les réticences de chacun.»

Les soins ont eux aussi leurs spécificités : beaucoup de produits hyper-hydratants ; des gommages chimiques (pour éviter les grains qui pourraient se mettre dans les cathéters) ; des modelages/effleurages très doux, plutôt californiens ; un travail particulier sur les cils et les sourcils disparus à cause du traitement ; des fonds de teint pour atténuer la mauvaise mine…

Un besoin de décompresser

Mais la différence significative se situe sans doute au niveau de l’après-soin, avec un débriefing quotidien ou à périodicité régulière, essentiel pour décompresser. Avec six à huit rendez-vous par jour, la cadence peut paraître correcte mais il ne s’agit pas de clientèle d’institut. «Il faut une certaine maturité, souligne Marie-Aude Torres Maguedano. Personne n’est jamais armé face à la souffrance, mais je suis convaincue qu’on peut être bien formée.» Une certaine maturité, donc, mais aussi un équilibre : le CEW demande ainsi à ses 25 salariées de n’exercer en socio-esthétique qu’un à trois jours par semaine, considérant qu’il est important de garder une activité professionnelle extérieure au contexte hospitalier. Une façon d’aider à une indispensable prise de distance. «Il faut être à l’écoute, mais en même temps se préserver de l’agressivité et de la souffrance du patient, et aussi des attentes de l’équipe médicale qui aimerait qu’on prenne en charge toujours plus de personnes», confie Marie-Pierre Chapelle, qui intervient depuis 1999 à l’Institut Curie de Paris.

Toutes ces limites ne suffisent pas à décourager les socio-esthéticiennes car pour elles, l’important est ailleurs, dans le double objectif de leur métier : esthétique et social. Comme le résume une patiente : «Merci de l’humanité de votre soin, qui permet de continuer l’aventure de la maladie avec une meilleure image de soi-même».

En savoir + : www.socio-esthetique-codes.fr www2.upmc.fr/fc/Medecine/Sante_publique/Specialisation_des_estheticiennes_en_milieu_medical.pdf www.giorgifont.fr – www.ecole-joffre.com www.parisbeautyacademy.com www.ecole-esthetique-lille.com/

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