Matières premières : les hespéridés ont de la tenue

L’Occitane, Estée Lauder ou encore Bien-Être ont utilisé des notes agrumes dans leurs dernières créations.

Surtout présents en notes de tête, les agrumes donnent du peps aux parfums. Pour leur conférer du sillage, les parfumeurs les accordent avec des ingrédients moins volatils.

De retour en haut de l’affiche grâce à la tendance des eaux fraîches, les agrumes font pétiller les fragrances. « Depuis la cologne extra-vieille de Roger & Gallet, née il y a plus de 200 ans, les hespéridés ont fait du chemin, décrit Mathieu Nardin, parfumeur chez Robertet. Aujourd’hui, ils figurent encore en bonne place dans les briefs des grandes marques. » Pour preuve, ils ne manquent pas à l’appel cette année : ils sont associés à la verveine dans Verveine Soleil de L’Occitane, à la lavande et au jasmin dans Bronze Goddess Soleil d’Estée Lauder ou encore à la vanille, à l’ambre et aux muscs dans la cologne Fleur d’Oranger de Bien-Être (Lascad), vendue en grande distribution.

« Les hespéridés sont évocateurs de vacances, de fragrances pour se faire plaisir, insiste le parfumeur. De plus, ils ont le mérite de convenir aussi bien aux masculins qu’aux féminins ». Leurs molécules odorantes présentent la particularité d’être très légères, donc très volatiles, c’est pourquoi elles sont toujours utilisées en notes de tête. « Le travail des créateurs ces dernières décennies a consisté à trouver d’autres ingrédients pour faire durer les accords, leur donner de la tenue », explique-t-il. Les hespéridés ont un avantage de taille, ils font très bon ménage avec des ingrédients appartenant à d’autres familles olfactives. Petit bémol, s’ils sont des stars en Europe, ils sont boudés des Nord-Américains, qui leur préfèrent toujours les fleuris-fruités.

C’est Christian Dior qui initie le mouvement dans les années 1970. Pour Eau Sauvage, la marque associe aux hespéridés l’ingrédient star du moment, le chypre, pour plus de puissance. Dix ans plus tard, Calvin Klein trouve la nouvelle recette du succès en les alliant à des notes boisées légères pour le mixte CK One. En 2001, Thierry Mugler relance à son tour la vague des eaux en mariant l’accord traditionnel bergamote, néroli, petitgrain et fleur d’oranger à des muscs. La cologne moderne est née.

L’huile essentielle d’agrumes est obtenue par expression. Comme les particules odorantes sont contenues dans le zeste, l’écorce est râpée puis lavée et centrifugée afin de séparer l’eau de l’huile. Cette dernière contient du limonène, une molécule parfois allergisante, responsable de la mauvaise réputation des huiles essentielles. Ainsi, en cosmétique, une formule hypoallergénique ne pourra pas être parfumée aux hespéridés naturels. « Il est possible de trouver des notes fraîches de synthèse, mais elles n’auront pas la puissance du naturel », explique Mathieu Nardin.

Plus abordable en termes de coût que les fleurs, par exemple, la palette des hespéridés est large puisqu’elle englobe non seulement les agrumes mais aussi les dérivés de l’orange comme la fleur d’oranger, le néroli ou le petitgrain. La bergamote est particulièrement appréciée et on la retrouve dans de nombreuses compositions en parfumerie fine. « Cette note fraîche et zestée aux accents de citrus floral n’a pas son pareil », conclut le parfumeur.

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