quatre pistes pour l’innovation

Poudres qui se transforment en crème, teintes qui se révèlent lors de l’application, les textures n’ont pas fini de surprendre. Ici, une palette Strand Cosmetics.

Prophétisées par les cabinets de tendances, les nouveautés se concrétisent dans les laboratoires, qui s’activent pour proposer un maquillage toujours plus performant et surprenant en termes de couleurs, de textures et de confort. Tout en tenant compte des nouvelles réglementations et des attentes de naturalité. Décryptage des axes de recherche.

1 Des textures mutantes

« On va aller de plus en plus vers un univers de transformations et de surprises au niveau des textures, estime Hervé Cantin, responsable du développement maquillage chez LVMH Recherche. On triche avec les sensations, le produit n’est pas ce dont il a l’aspect. » Grâce à de nouvelles techniques et surtout de nouvelles machines (mélangeuses, broyeuses, sécheuses…), les fards poudres qui se muent en crème arrivent sur le teint. Chez Farevacolor par exemple, les fonds de teint Métamorphose révèlent leur couleur seulement une fois appliqués sur la peau grâce à des pigments micro-encapsulés qui éclatent lors de l’utilisation. La marque Une a exploité ces possibilités pour ses poudres fond de teint Mineral. « Les ingrédients sont extrêmement micronisés et très fins. Quand on les malaxe sous les doigts, ils se transforment en crème, explique Sophie Dugué, responsable de la marque. Le fond de teint minéral en poudre libre est en outre la seule galénique où l’on peut intégrer un taux suffisamment élevé de bismuth oxycloride pour une luminosité inégalée. » Les rouges à lèvres étonnent eux aussi. Le Back To Mat présenté par Strand Cosmetics à Cosmoprof associe le confort d’un gloss à la matité d’un stick. Des polymères donnent tenue et confort tandis que des poudres apportent le rendu mat. À noter également, des raisins cristallins qui se colorent à l’application en fonction de l’hydratation ou du pH des lèvres, comme le Rose à lèvres Universel de L’Oréal Paris à l’effet « bouche mordue ».

2 Une création sous contrainte

Entre les impératifs de Reach et la demande croissante de naturalité, marques et laboratoires remettent à plat leur génie formulatoire pour faire plus avec moins, ou plus exactement faire différent avec ce qu’ils ont sous la main. « La réglementation étant de plus en plus contraignante, nous avons moins de matières premières à disposition, confirme Sylvie Guichard, directrice de la communication scientifique des métiers cosmétiques L’Oréal Recherche & Innovation. Cela nous oblige à être plus créatifs. Nous avons commencé très tôt à faire des réassemblages de technologies connues comme les laques organiques et les pigments minéraux. Nous sommes en train de reconstituer une boîte à outils à partir de ces matières. » Pour Jean-François Tranchant, responsable du département innovation matériaux et techniques chez LVMH, « il y a de moins en moins de pigments disponibles. Il va falloir être innovants avec des matières premières déjà connues. Nous recherchons les traitements à même d’améliorer la dispersion, les qualités optiques et la profondeur des pigments. Nous privilégions les formules les plus transparentes pour que ceux-ci s’expriment au maximum. » Par ailleurs, portées par la vogue du développement durable, les recherches s’orientent aussi vers les produits naturels. Dans ce registre, le groupe Alban Muller a mis au point ses Ami-caps. Il s’agit d’extraits végétaux actifs, habituellement présentés sous forme liquide, qui sont ici liés à un support de silice pure par adsorption (réaction physique qui fait adhérer un liquide à la surface d’un solide par des phénomènes de liaisons électriques entre molécules). Cela permet leur utilisation dans des formules poudres. De son côté, Farevacolor a développé une ligne de maquillage naturel baptisée Smoothies. Les formules sont préparées avec un mélange de cinq fruits et légumes (95% d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle minimum) sélectionnés pour leurs bienfaits. Au menu par exemple, carotte, citrouille, figue, poire et framboise pour un fond de teint fluide et léger.

3 Des pigments surdoués

Même si la vague nude est loin d’être retombée, l’envie de couleur soutenue est bel et bien là. Avec sa gamme de fards à paupières Intense, qui promet 16 heures de tenue, Bourjois s’est déjà engagé dans cette voie. La marque a intégré un pourcentage de pigments minéraux ultra-fins plus élevé (jusqu’à 87%) que dans ses petites boîtes rondes habituelles. Elle a adapté sa technologie de fards cuits avec l’eau comme liant pour obtenir un coeur de formule transparent, ce qui permet une très bonne révélation des pigments. Pour les ombres à paupières Pure Chromatics d’YSL, l’eau sert de solvant, ce qui garantit l’innocuité et autorise une concentration exceptionnelle en nacres et pigments (50% en plus par rapport aux poudres pressées traditionnelles). De plus, l’ajout d’un gel hydro-colloïde forme un réseau qui permet de garder la structure de la poudre après l’évaporation de l’eau. Ces fards s’utilisent à sec ou mouillés. « Nous avons mis davantage de nacres et de pigments dans une formule plus transparente et plus sensorielle, ce qui laisse la part belle à la couleur », souligne Anne Simonet, responsable de l’innovation poudres chez L’Oréal Produits de luxe. De même, Strand Cosmetics a présenté à Cosmoprof sa nouvelle gamme de maquillage, Paradoxes. Les ombres à paupières poudre bénéficient d’un procédé qui rehausse la luminosité des teintes tout en offrant une palette d’effets – nacré, mat, satiné… – selon que le fard est employé sec ou avec de l’eau.

4 Toujours plus de soin

Les poudres et les fonds de teint, voire les rouges à lèvres et les gloss, offrant de l’hydratation ou une protection solaire sont en passe de devenir des classiques. Le Rouge Coco Shine de Chanel présente une texture qui se fluidifie au contact des lèvres grâce à un mélange de cires et de dérivés de phytostérols. Son complexe Hydratendre lisse et hydrate les lèvres pendant huit heures. Mais les nouvelles générations de maquillage devraient aller encore plus loin. « On va maintenant au-delà de la protection et de l’hydratation. Les formules sont travaillées pour avoir une réelle efficacité soin, explique Sylvie Guichard, chez L’Oréal Recherche & Innovation. À la manière japonaise, le maquillage va devenir la dernière étape du soin, d’autant que les formules sont de plus en plus allégées. » L’Oréal Paris a déjà mis en pratique cette nouvelle orientation du marché, avec par exemple son rouge à lèvres Color Riche. Non content d’être lumineux et gorgé de pigments précieux, il affiche une texture soin enrichie en vitamine E antioxydante, en oméga 3 et 6 (jusqu’à 50% d’ingrédients actifs) pour protéger et revitaliser les lèvres. Chez Shiseido, le Rouge Éblouissant procure un effet repulpant au niveau optique grâce à des perles photolissantes avec double enrobage d’un voile de nacre, mais aussi de l’intérieur grâce à un extrait de super-levure bio qui stimule la production de collagène pour un bénéfice anti-âge.

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