Parfumeur de l’année : la rédaction a distingué Jacques Cavallier…

Jacques Cavallier : «la création est plus intuitive que je ne le pensais initialement».

Maître parfumeur chez Firmenich, il a signé avec Vanille Noire un grand succès pour Yves Rocher, tout en conduisant un vaste chantier sur les matières premières naturelles.

Une fleur de jasmin posée par une main maternelle sur son oreiller et une forte hérédité ne sont pas étrangères au parcours de Jacques Cavallier. Cet enfant de Grasse a un père qui travaille chez Charabot et une mère évaluatrice d’Edmond Roudnistka. De là à penser que les gènes font le talent, ce serait oublier le travail inculqué comme une vertu par ce père joliment qualifié de passeur de lumières. Le futur maître parfumeur de Firmenich a le droit de le rejoindre au laboratoire s’il a bien travaillé. Adolescent, il y pèse les formules de François Demachy.

Le bac en poche, il rejoint Charabot, en commençant par la chaufferie. En 1982, il entre chez Naarden, aux Pays-Bas, comme assistant pour peser les formules, et gagne – avec un chypre vert à base de rose – un prix du jeune parfumeur de la STPF (la future SFP). Dans cette entreprise, qui deviendra Quest, il découvre la parfumerie technique et gagne un concours pour désodorisant d’atmosphère au Japon. Cela fait de lui une star maison mais il n’a alors signé qu’un seul parfum, Luna pour Morris. En 1985, il revient à Grasse et travaille en binôme avec Olivier Cresp, autre Grassois : « Nous rêvions tous les deux devant les grands parfums, encore un peu spectateurs… ».

Créer une « eau de la vie »

Naarden racheté par Unilever, Jacques Cavallier démissionne pour PFW, où il conçoit Pacha pour Cartier, son premier grand jus. À cette même époque, il déjeune avec le parfumeur Alberto Morillas, une rencontre essentielle qui le mène chez Michel Missoffe, alors patron de la parfumerie chez Firmenich. « J’avais été élevé dans le respect de cette maison familiale. Et surtout, ajoute celui qui se dit heureusement marié à la fille du designer Serge Mansau, il y avait Alberto, l’homme de ma vie avec qui je ne me suis jamais engueulé, bien qu’on se téléphone cinq fois par jour. Il m’a montré que la création était plus intuitive que je ne le pensais et il m’a aidé à maîtriser les produits Firmenich. » La troisième rencontre fondamentale, « la plus importante sur le plan des clients », sera celle de Chantal Roos, alors chez BPI. En 1992, elle doit lancer un parfum pour Issey Miyake, dont le brief se résume ainsi : « l’eau de la vie ». À 29 ans, Jacques Cavallier imagine alors « un fleuve sur lequel flottent les fleurs et le bois ». Ce tournant capital le mène à Jean Paul Gaultier, toujours sous l’égide de Chantal Roos, qui demandait classicisme et rupture. Celle-ci passe par l’ambrox, note jusque-là uniquement masculine, et surtout par la muscenone, un musc de Firmenich. Ce Classique le fait entrer dans le camp des grands.

Le prix de la sueur

Il y a dix ans, nouvelle étape – car « Firmenich ne maîtrisait pas le naturel » -, Jacques Cavallier prend la direction de la Natural Business Unit, avec carte blanche donnée par Armand de Villoutreys, patron de la parfumerie fine. Celle-ci prendra de l’ampleur avec le rachat d’une division de Danisco. Une nouvelle vie commence : « J’ai découvert les Égyptiens, qui ramassent avec joie le jasmin dès cinq heures du matin. Nous avons une responsabilité et nous connaissons le prix de la sueur. Nous devons soutenir certains cours et pérenniser les filières. Je dois transmettre tout cela aux parfumeurs ». Mené avec Boet Brinkgreve, Dominique Roques et Xavier Brochet, ce travail mériterait à lui seul un oscar de parfumeur de l’année…

En savoir + : retrouvez la version longue de cet article sur www.cosmetiquemag.fr

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