Matière première : le jasmin plus que jamais d’actualité

La petite fleur blanche cache une grande puissance olfactive, à la fois animale et poudrée.

Star de la parfumerie, le jasmin a traversé les générations et conquiert aujourd’hui de nouveaux univers. Retour sur une fleur sans cesse réinterprétée.

Pierre Hermé et Nespresso en font la star du printemps, le premier avec des macarons parfumés, le second avec un café aux tonalités jasminées, baptisé Onirio. Comme les parfumeurs, ils sont séduits par cette petite fleur d’apparence fragile, mais à la grande puissance olfactive. Utilisée dans de nombreux grands classiques de la parfumerie féminine, elle est réinterprétée cette année par Bulgari dans Mon Jasmin Noir. Elle est aussi présente dans le féminin de la Denim Collection de Diesel ou dans l’eau de toilette de Lolita Lempicka. En juillet, elle sera au coeur d’un bouquet floral pour le premier parfum du couturier Elie Saab (lire p. 46).

Pour capturer la matière odorante du jasmin, la distillation n’est pas envisageable, la fleur est trop fragile. La méthode la plus courante est l’extraction aux solvants volatils (hexane). On obtient ainsi une concrète qui, une fois lavée à l’alcool puis filtrée, devient un absolu. « Son rendement est très faible, précise Jean Jacques, parfumeur chez Takasago. Il faut en moyenne 700 kg de fleurs pour obtenir 1,2 kg d’absolu. Sachant qu’une bonne cueilleuse ramasse environ 750 grammes de fleurs par heure… »

Le jasmin possède des senteurs différentes selon sa provenance et sa variété. Le grandiflorum, caractérisé par cinq longs pétales, est cultivé en Égypte, en Inde et au Maroc. C’est le plus accessible : moins de 2 000 euros le kilo. Il est récolté avant l’aube et ses facettes animale et banane sont moins prononcées.

Les multiples facettes du sambac

Le plus en vogue est le jasmin sambac, cultivé dans le sud de l’Inde. Plus moderne et frais, il est offre de multiples facettes : miellée, d’absolu de narcisse et de fleur d’oranger. Récolté le soir, il est aussi plus chargé en indole, une molécule sécrétée par le jasmin au cours de la journée. Son prix exorbitant peut atteindre les 2 900 euros le kilo d’absolu et son succès crée des problèmes d’approvisionnement. « Notre souci aujourd’hui n’est pas de négocier les prix mais de trouver cette matière première », explique Marie-Lise Jonak, senior vice president sales director de Takasago. Enfin, le jasmin grassois est la variété la plus équilibrée, à la fois fleurie, animale et verte, mais sa production est réservée aux grands groupes, tel Chanel qui l’utilise dans la composition de son grand classique, le N°5.

AU FIL DU TEMPS

1929, Joy de Jean Patou. Le créateur exorcise le souvenir du krach boursier avec un jus composé de 10 600 fleurs de jasmin associées à des roses, qui en font le parfum le plus cher du monde. Une senteur opulente, à l’odeur musquée un brin désuète.

1985, Beautiful d’Estée Lauder. Créée en souvenir du mariage de Madame Lauder, la fragrance mêle fleurs blanches et accents frais. Un classique de la parfumerie américaine.

2005, Alien de Thierry Mugler. Le second pilier de la Maison place en coeur un jasmin sambac moderne, qui réchauffe le jus et lui confère une véritable aura.

2011, Jasminora de Guerlain. Le parfumeur maison, Thierry Wasser, ressuscite la variété qui fleurit en Calabre, plus végétale et légère, dans cette Aqua Allegoria

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