Composition : plus vraies que nature

Si ses feuilles ou sa tige peuvent être distillées, les pétales de la violette restent parfaitement hermétiques. C’est une molécule de synthèse, l’ionone, qui est utilisée en parfumerie.

Si les fleurs occupent une place immense en parfumerie, la majorité des accords sortent plus souvent de l’imagination des parfumeurs que directement du champ. Zoom sur les reconstitutions d’accords floraux.

Les notes florales sont omniprésentes dans les pyramides olfactives, mais rares sont les extraits naturels utilisés dans les créations. Le plus souvent, il s’agit d’un assemblage d’ingrédients qui reproduit fidèlement la senteur. Un passage parfois obligé puisque certaines fleurs, comme le muguet, la violette ou encore le lilas, autant de senteurs bien connues du public que l’on retrouve en parfumerie fine ou fonctionnelle, sont véritablement insaisissables. « Une extraction ou une distillation sont une torture pour les pétales, raconte Jean Jacques, parfumeur chez Takasago. Certains sont trop délicats pour subir ce genre de traitement et on ne peut pas en tirer une essence ou un absolu. »

La science prend le relais

Si les reconstitutions ont élargi la palette, elles présentent aussi un intérêt financier. « Certaines fleurs ont un rendement si faible que l’extrait est bien trop coûteux, explique Maïa Lernout, parfumeur chez Takasago. On évite également les problèmes liés aux ruptures de stocks lorsqu’un engouement se développe autour d’une matière première. » Les bases florales offrent un dernier avantage : elles sont plus proches de la fleur fraîche que ne le sont les ingrédients naturels. Des différences existent en effet entre une rose ou un osmanthus fraîchement cueillis et leurs essences ou absolus. « Une hydrodistillation ou une extraction au solvant chauffent les produits, ce qui peut modifier les constituants, explique Cyrill Rolland, parfumeur chez Mane. La reconstitution va permettre de se rapprocher au mieux de la fleur fraîche. »

Les composants volatils n’ont aujourd’hui plus de secret. Aux côtés du traditionnel headspace, technique qui permet d’absorber l’air parfumé autour d’une fleur pour en reconstituer l’odeur, d’autres méthodes ont été développées. Le Jungle Essence, procédé d’extraction mis au point par Mane, est une avancée dans la capture d’odeurs pour son côté nomade et écologique. Il permet « d’obtenir la partie volatile d’une senteur quelle qu’elle soit », complète Cyrill Rolland.

Même si la transposition industrielle d’un Jungle Essence n’est pas possible sur certains ingrédients, on peut étudier l’extrait recueilli. Les maisons de création font une analyse par GMCS, afin d’identifier toutes les molécules qui le composent. Une méthode simple mais qui oblige tout de même à exclure certaines facettes : « Tous les composants identifiés ne sont pas mis en oeuvre, à cause des difficultés à les synthétiser ou de leur faible intérêt olfactif », ajoute-t-il.

Pour réussir une reconstitution, rien ne remplace l’expérience et la sensibilité du parfumeur. « Celles-ci peuvent être liées à un souvenir ou à une émotion ressentie, explique Jean Jacques. C’est toujours une réinterprétation. » Des aspérités peuvent être gommées, des facettes amplifiées… C’est la fleur telle qu’elle est vue par le parfumeur et son analyse peut être aussi juste que celle de la science. « Dans la rose Jacqueminot, François Coty avait deviné que l’ionone, qui est une note violette, aidait à reconstituer l’odeur de la rose, poursuit Jean Jacques. Cela bien avant les avancées techniques et les analyses headspace. »

Les reconstitutions ne sont d’ailleurs pas seulement synthétiques : « Nous utilisons des notes naturelles pour être plus proches du végétal, précise Maïa Lernout. Le narcisse ou la jonquille, par exemple, apportent des facettes miel et cire très intéressantes ».

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