Recherche : les cellules souches végétales protègent aussi la peau

Parce qu’elles peuvent se renouveler et qu’elles présentent plusieurs mécanismes d’action sur les cellules humaines, les cellules souches végétales séduisent les marques comme les consommateurs.

Les définir reste compliqué aujourd’hui encore. Nommées ainsi par analogie avec les cellules souches animales, les cellules dites souches végétales possèdent des propriétés totipotentes – c’est-à-dire qu’elles sont dédifférenciées, qu’elles se renouvellent et peuvent ensuite se spécialiser. Le terme de cellule souche végétale n’est donc pas consacré. Naolys, producteur de cellules végétales établi près de Bordeaux, a fait le choix d’employer le terme de « cellules végétales actives ». Mais quelle que soit leur dénomination, elles sont employées pour de multiples raisons.

Tout d’abord, lorsque l’on parle d’ingrédients issus du végétal, on pense au naturel. La demande de naturel qui émane des consommateurs a pris une ampleur considérable au cours des dernières années – une fois de plus confirmée lors du salon In-Cosmetics, qui s’est tenu à Milan du 29 au 31 mars dernier. Ce type d’ingrédient véhicule des symboles de respect et de préservation de l’environnement très recherchés actuellement. De par leur mode de culture, les cellules souches végétales s’inscrivent dans ce contexte écologique. Par ailleurs, une infime quantité de végétal est nécessaire, une seule fois, pour démarrer la culture et la production de cellules. Trois ou quatre pommes ont ainsi été suffisantes à la société Mibelle Biochemistry pour débuter la commercialisation de son premier actif de pomme suisse Uttwiler Spätlauber.

Naolys, pour sa part, peut se targuer de produire ses cellules végétales dédifférenciées à hauteur de centaines de kilos par an. « L’atout de cette technologie est de permettre de fabriquer beaucoup de métabolites, explique Sonia Léglise, responsable marketing et commercial de l’entreprise. Nous favorisons la multiplication cellulaire, et nous proposons les cellules sous forme de poudre ou dans de la glycérine. Il n’y a ni manipulation génétique, ni synthèse, ni conservateurs. De plus, la production, qui fait appel à la géothermie, est flexible : nous travaillons à la demande. » Pas d’impact sur les cultures, pas de compétition avec l’alimentaire, pas de gestion des ressources ou de limitation si un végétal est rare. Les marques peuvent aller vers les cellules souches végétales pour mettre en avant le végétal même dont elles sont issues.

Naolys possède plus d’une trentaine d’espèces à son répertoire. Les références comptent aussi bien des espèces classiques et largement utilisées, comme l’olivier ou le cerisier, que d’autres plus rares telles que le safran ou le lotus bleu égyptien. Là, c’est l’ingrédient que les marques choisissent de mettre en avant, les sensations qu’il évoque, l’image qu’il renvoie – mythe, préciosité, originalité…

L’attrait des végétaux rares

Mibelle Biochemistry a pris le parti de jouer sur l’intérêt suscité par les végétaux hors du commun. « Nous nous sommes demandés si les cellules souches de certains végétaux pouvaient avoir un effet bénéfique sur celles de la peau, explique Élodie Mauger, product manager. Nous nous sommes intéressés en particulier aux cellules souches de plantes rares car la technologie de culture cellulaire s’adapte parfaitement à ce type de plantes. » La pomme suisse Uttwiler Spätlauber, le raisin Gamay Teinturier Fréaux ou la rose des Alpes Rhododendron ferrugineum « n’étaient pas disponibles en extraits simples sur le marché ». La rose des Alpes, par exemple, pousse en altitude dans les massifs montagneux, elle est capable de résister au froid, à la sécheresse, au soleil et aux variations climatiques brutales. C’est à l’originalité, à la force de l’histoire de la rose que la consommatrice sera renvoyée lors de l’utilisation d’un cosmétique comportant des cellules qui en proviennent. Même constat chez Naolys. « Il y a des effets de mode. Récemment, nous avons introduit des cellules issues d’arbres fruitiers », indique Sonia Léglise. Mais les cellules souches issues du végétal ne puisent pas seulement leur force dans leur pouvoir d’évocation, elles agissent aussi sur la peau.

Concept high-tech

Les marques prennent en compte les nouvelles revendications portées par les cellules souches. En cela, l’aspect scientifique des cellules souches végétales est très séduisant. Leur dénomination même (ou cellule active végétale) donne une « caution médicale » au produit cosmétique, gage d’une « grande efficacité ». Les soins qui agissent sur les cellules souches épidermiques véhiculent un concept high-tech. On parle de « pouvoir régénérateur », de « potentiel prolifératif et régénératif », d' »activation et de renouvellement cellulaires ». « Les cellules sont très concentrées en molécules actives. L’activité commence à 0,1% in vitro, et les effets sont nombreux : protection anti-âge, hydratation couplée à l’anti-âge… », précise Sonia Léglise, chez Naolys. La pomme de Mibelle Biochemistry exerce une action antirides, le raisin Gamay Teinturier Fréaux prévient le vieillissement photo-induit, la rose des Alpes renforce la barrière cutanée et protège la peau contre les stress cumulés. Chez Mibelle Biochemistry, une demande de brevet a été déposée pour l’utilisation de ce type de cellules afin de protéger les cellules souches cutanées.

Pour autant, les cellules souches de n’importe quel végétal ne présentent pas forcément un intérêt en cosmétique. « Nous continuons le screening, ainsi que le perfectionnement des tests sur les cellules souches de la peau – notamment une technique réalisée sur celles du derme », ajoute Élodie Mauger. Nouvelles données pour les tests, arrivée de nouveaux extraits, il y a fort à parier que les cellules souches vont gagner encore en popularité au cours des prochaines années.

Article rédigé avec l’aide de la présentation « Quelles sont les réponses des marques ? », travail réalisé par la promotion IPIL 2O11 (Institut de pharmacie industrielle de Lyon parcours cosmétologie industrielle), université Claude Bernard Lyon 1, communiquée lors des XXVe Journées européennes de dermocosmétologie du CED.

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