métier : Conseiller en parfumerie, espèce en voie d’apparition

Encore très majoritairement assuré par des femmes, le métier commence à se masculiniser. À la satisfaction des enseignes, de la clientèle… et des coéquipières.

Pour Anne-Sophie Schlosser, responsable des ressources humaines de Marionnaud, la masculinisation du métier a démarré il y a six ans et s’explique par une évolution des profils demandés. « À l’origine, nous ne recherchions que des CAP/BEP esthétique, une filière purement féminine. Aujourd’hui, nos offres d’emploi se sont élargies à des profils de vendeurs. Les compétences recherchées – CAP/BP vente ou BTS MUC (management des unités commerciales) – concernent plus facilement des hommes. 3% du personnel en magasin (conseillers, adjoints et responsables) est masculin. »

Une pratique différente

Cependant, les CV n’affluent pas. De plus, « il est difficile de trouver un homme qui ait non seulement l’envie de travailler dans cet univers, mais aussi un caractère posé et crédible pour l’ensemble de la clientèle », souligne Cécilia Fourcaud, responsable d’Élysées Parfums, à Toulouse, qui a recruté Adrien Raffini il y a neuf ans. Pour elle, « si un maquilleur peut être atypique, pour un conseiller, il vaut mieux éviter les personnalités excentriques car les cosmétiques sont de plus en plus techniques ». Un domaine où la pratique du conseiller masculin se démarque. « Sur les soins, je suis sans doute moins poétique, plus pragmatique que mes collègues féminines », reconnaît Adrien Raffini. « J’ai plus de facilité à proposer les soins antirides par exemple, car la cliente n’établit pas de comparaison comme avec une jeune conseillère de 20 ans », confirme de son côté Cédric Chollet, conseiller du Beauty Success au Bouscat (Gironde). Un effet miroir à double portée : le fait que le conseiller ne puisse pas dire « j’ai utilisé moi-même cette crème » peut le rendre plus crédible… ou moins. Idem vis-à-vis de la clientèle masculine. « Sur les gammes pour hommes, Cédric apporte des informations qu’une conseillère ne pourrait pas donner », note Emmanuelle Cabrera, responsable de la parfumerie. En revanche, un client charmeur pourra aimer qu’une femme lui dise ce que les femmes apprécieront sur lui. La dimension séduction est très présente : « Les femmes accueillent favorablement mes conseils car mon regard masculin est un « plus » dans leur projection de séduction », constate Cédric Chollet. Une affaire de regard, mais pas seulement. « À partir des techniques de vente de l’enseigne, Cédric a développé une autre façon de dire et de faire : les clientes sont réceptives aux petits conseils qui, dans sa bouche, prennent une autre valeur. » Et Adrien Raffini a une façon inimitable de créer du lien, par exemple en appelant systématiquement « Mademoiselle » une cliente qui pourrait être sa grand-mère !

Au-delà de la relation avec les clients, la présence d’un conseiller modifie aussi les rapports au sein de l’équipe. « Un garçon apporte de la stabilité et met de la sérénité dans les discussions. Cela crée un équilibre », précise Emmanuelle Cabrera. Pour ses collègues, « Adrien prend les choses de façon plus cool, il a un côté apaisant et en plus, il nous fait rire ! ». Certes, pour le conseiller, tout n’est pas toujours facile. Il a ainsi observé que certaines clientes le zappaient complètement, mais de la même façon que d’autres ignoreront une conseillère trop belle ou trop jeune.

Les avis sur ces profils sont néanmoins très encourageants et les enseignes s’y intéressent de plus en plus. « Il est important d’avoir une vraie mixité dans les équipes, souligne Anne-Sophie Schlosser, car elle permettra de répondre au mieux à toutes les demandes de la clientèle. Nous recherchons régulièrement du personnel masculin mais notre premier critère de recrutement reste cependant la compétence. C’est ainsi que nous avons constitué l’équipe choc de notre magasin des Champs-Élysées, qui compte 11 hommes sur 33 salariés. »

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