Matière première : la fleur d’oranger, séductrice et régressive

La fleur d’oranger se récolte au début du printemps dans le bassin méditerranéen. IFF-LMR s’approvisionne en Tunisie.

Synonyme de fraîcheur, d’enfance, mais aussi incroyablement addictive, cette fleur aux multiples facettes continue de faire les beaux jours de la parfumerie.

La récolte de fleur d’oranger a commencé en avril en Tunisie, un peu plus tard que d’habitude cette année en raison d’un hiver rigoureux. Cette fleur blanche, produite par les bigaradiers ou orangers amers du bassin méditerranéen, fait partie des grands classiques de la parfumerie, au même titre que la rose et le jasmin. Ce printemps, on la retrouve dans l’Ô de l’Orangerie de Lancôme, la nouvelle eau de Cologne Bien-Être ou encore Mauboussin Pour Elle. Anne Flipo, parfumeuse chez IFF, aime particulièrement cet ingrédient. Elle a travaillé avec Dominique Ropion sur Ô de l’Orangerie, ainsi que sur le coeur de fleurs blanches qui caractérise Lady Million de Paco Rabanne, sorti en 2010. « C’est une matière liée à un souvenir olfactif très précis, raconte-t-elle. Je me revois adolescente dans un hôtel particulier du nord de la France, d’où je suis originaire, qui possédait une orangerie. » Difficile de dire si sa vocation est née là, mais la jeune femme continue d’explorer les différentes facettes de la fleur d’oranger. « Elle peut être fraîche, sensuelle, addictive. Quand vous la portez, les gens viennent spontanément vers vous, c’est irrésistible. »

Une senteur ensorcelante

Dans Ô de l’Orangerie, IFF fait honneur aux deux façons d’utiliser la fleur : l’essence de néroli, obtenue par distillation, et l’absolu fleur d’oranger, résultat d’une extraction par solvant, l’hexane. L’essence, plus légère, aux tonalités vertes et croquantes, est présente dans les notes de tête. « Elle donne une belle patine à tous les départs, précise Anne Flipo. L’absolu est plus chaud, miellé, avec une facette animale. C’est lui qui apporte ce côté addictif. » Liée à l’enfance, par son effet « madeleine de Proust », comme à la séduction la plus ensorcelante, la fleur d’oranger est un vrai piège à sensations. C’est ce qui explique sans doute que les marques la réclament souvent dans leurs briefs, afin de susciter l’adhésion du consommateur et le réachat. Sans compter qu’à la différence de la tubéreuse, par exemple, autre plante aux effets narcotiques, elle provoque une addiction douce, rassurante.

« Elle fait partie de ces notes fémi-nines qui donnent beaucoup de puissance et de sillage aux compositions, souligne la parfumeuse. Elle peut être traitée dans la fraîcheur comme dans l’opulence. De plus, elle se marie avec toutes sortes de notes : fruitées dans le départ de Lady Million, boisées dans Armani Code. Je l’associe souvent à l’absolu de jasmin Sambac… En parfumerie masculine, on en trouve des traces dans les accords fougère. Notre défi est de la mettre au goût du jour pour la faire découvrir aux plus jeunes. »

Suite au rachat de la société LMR, spécialisée dans les ingrédients naturels, IFF se fournit en fleurs récoltées en Tunisie, même si d’autres sources d’approvisionnement existent, principalement au Maroc et en Égypte. Les événements survenus au Maghreb n’ont pas déstabilisé la filière. « Au contraire, assure Fabien Durand, parfumeur technique et responsable contrôle qualité d’IFF Naturals, les petits producteurs qui utilisent leurs plantations d’orangers comme revenu d’appoint ont d’autant plus besoin de valoriser leur production. La demande est toujours soutenue. » Quant au prix, selon le dernier relevé de 2009, il s’établit à 2 euros par kilo de fleurs, sachant que l’essence a un rendement d’environ un kilo pour une tonne de matière.

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