Matière première : l’iris sans poudre aux yeux

Sa tonalité de fard poudré donne de la noblesse à toutes les compositions. C’est ce qui explique sa présence dans de nombreux parfums, anciens ou récents.

Lorsque Thierry Wasser a remis à plat la structure de Shalimar de Guerlain, afin d’en livrer une version plus consensuelle sous le nom de Parfum Initial, il a placé un iris de Toscane très puissant en coeur. Quand le Premier Parfum de Lolita Lempicka renaît sous forme d’eau de toilette florale fruitée (lire p. 30), il intègre un iris concrète et du jasmin sambac. Quant au Mimosa d’Annick Goutal, il est enrobé d’un iris de Florence qui rehausse son effet poudré. Ces trois nouveautés du premier semestre 2011 montrent le pouvoir d’évocation de cette fleur prisée depuis le XVIe siècle. La cour des Médicis à Florence en faisait déjà usage pour fabriquer des fards et Catherine de Médicis elle-même se parfumait à l’Eau de la Reine, créée à partir de sa fleur préférée.

C’est le rhizome, le bulbe du végétal, séché et broyé, qui produit l’irone, principe olfactif de l’iris. En parfumerie, il est exploité soit sous forme d’absolu, qui offre des tonalités vertes et boisées, soit en concrète ou beurre d’iris, caractéristique des notes poudrées, évoquant la racine. « L’absolu, que l’on retrouve dans N°19 de Chanel, a un rendement très faible, précise Jacques Cavallier, maître parfumeur chez Firmenich. Il est surtout utilisé en alimentaire, en tant qu’exhausteur de goût pour les yaourts aux fruits rouges, auxquels il apporte leur arôme de violette. L’iris concrète est le véritable « pape » des notes poudrées. Il donne de la noblesse aux parfums, du volume, on dit qu’il remplit l’accord. » Jacques Cavallier a lui-même utilisé l’iris pour sa dimension nostalgique dans Classique de JPG et sa déclinaison Classique X en 2010.

Plusieurs milliers d’euros le kilo

Parmi les grandes créations à l’iris, on peut citer L’Heure Bleue de Guerlain, Bois Farine de L’Artisan Parfumeur, Iris Nobile d’Acqua di Parma ou encore Dior Homme, puisque les masculins aussi s’adonnent aux notes poudrées. La rareté de la matière première naturelle, qui doit être séchée pendant trois ans et qui s’échange à plusieurs milliers d’euros le kilo, participe à la légende. Traditionnellement cultivé en Toscane, l’iris provient de plus en plus souvent du Maroc et de Chine, même si les maisons de composition ont aussi développé des produits de synthèse.

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