Matière première : le patchouli ne laisse plus baba

Pénalisé un temps par son image baba cool, délaissé au profit des fruits et des fleurs, il connaît un retour en grâce avec des compositions modernisées.

En 2010, le patchouli a porté la signature olfactive de Comme une évidence Green d’Yves rocher, donné de la tenue à Parlez-Moi d’Amour de John Galliano, un sillage animal à Parisienne à l’Extrême d’Yves Saint Laurent et il apparaît par touches dans Bleu de Chanel. Depuis quelque temps, l’ingrédient vedette des années hippies retrouve ses lettres de noblesse, tantôt utilisé en overdose (chez Angel de Thierry Mugler), tantôt modernisé. Grâce à un jeu avec des notes musquées, Narciso Rodriguez for Her fait partie de ces chypres d’un genre nouveau. Pour Coco Mademoiselle, Jacques Polge, parfumeur de la maison Chanel, l’accorde avec des fruits pour un résultat gourmand.

Pourtant, cette matière première de la famille des chypres, au coeur de grands succès mondiaux – Drakkar Noir de Guy Laroche, Polo de Ralph Lauren ou encore Aromatics Elixir de Clinique -, n’a pas toujours eu la cote auprès des marques. à cause de sa connotation baba cool mais aussi de sa difficulté à vraiment se révéler sur mouillettes, ce qui le rend difficile à tester. Les parfumeurs, eux, ne l’ont jamais déconsidéré. « C’est l’un de nos chouchous, confie même Christophe Raynaud, parfumeur chez Givaudan. Le patchouli est une note segmentante qu’il faut faire apprécier au plus grand nombre grâce à des mélanges habiles. Les nouvelles techniques d’extraction et de fractionnement ont beaucoup joué en sa faveur. »

Tout en subtilité

Aujourd’hui, il est possible de fractionner l’essence de patchouli pour n’en garder que le côté sensuel et chaud. En revanche, il est impossible de le substituer par une note synthétique. « Le patchouli présente la qualité de traverser le parfum, des notes de tête jusqu’à celles de fond, explique Christophe Raynaud. Il sent la terre humide, la mousse, et apporte énormément de profondeur à une composition. Plus surprenant, dans une eau de Cologne, il fait exploser la fraîcheur. » Son essence a une couleur très foncée, qui assombri systématiquement le jus.

Originaire d’Indonésie, dont il apprécie particulièrement le climat chaud et humide, le patchouli est arrivé en Europe via l’Angleterre, où il a d’abord été utilisé pour la confection de pot-pourri. En parfumerie, les feuilles – qui, fraîches, n’ont pas d’odeur – sont séchées puis distillées à la vapeur pour obtenir une essence. S’il existe de nombreuses qualités, une belle essence vaut dans les 150 euros le kilo, selon Christophe Raynaud. Ce tarif peut fortement varier car le patchouli est souvent sujet à des crises d’approvisionnement. étonnamment, ce n’est pas la parfumerie fine la plus gourmande de cette essence mais les lessiviers car elle adhère spécialement bien aux textiles.

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