CONSERVATEURS : l’ART DE FAIRE SANS PARABÈNES

Les produits naturels requièrent d’autant plus de vigilance au niveau bactériologique.

Très employés en cosmétique, ils subissent de vives attaques depuis quelques années. En cause, leur lien potentiel avec le cancer du sein. Pour remplacer les parabènes, les fournisseurs ont dû s’adapter.

Il s’agit d’esters de l’acide parahydroxybenzoïque, mais c’est sous le nom de parabènes que l’on connaît ce type de conservateur, et plus particulièrement depuis quelques années (lire encadré ci-dessous). Une partie des consommateurs est devenue méfiante face à leur utilisation mais il n’est pas évident de créer des formules en s’en passant. « Dans un premier temps, les industriels se sont tournés vers ce qu’ils connaissaient déjà, se souvient Carole André, formulatrice et formatrice en parfumerie et cosmétique. Le DMDM hydantoin, un précurseur du formaldéhyde [reconnu comme un irritant par l’Afssaps, NDLR], ou les methylisothiazolinone et methylchloroisothiazolinone sont réapparus dans les formules. » Puis d’autres conservateurs, plus doux, ont été développés. « Ils n’étaient pas assez efficaces, il a donc fallu les booster », relate la formulatrice. Les parabènes ont fait place, par exemple, à la gluconolactone couplée au benzoate de sodium, à l’éthylhexylglycérine ou au DHA (acide déhydroacétique) et à l’alcool benzylique. Les boosters associés possèdent également souvent des propriétés hydratantes, ce qui leur confère un avantage pour la formulation. « Cela fonctionne plutôt bien, mais on n’arrive pas au niveau des parabènes, concède Carole André. La première conséquence est que la durée de vie du produit est plus courte. La seconde, que le prix est plus élevé car ces conservateurs sont moins bon marché. » Quant aux produits existants contenant des parabènes, il faut reformuler.

En 2007, les Laboratoires Science et Mer ont opté pour cette solution. « Une décision lourde, explique Maud Larnicol, en charge de la R&D des laboratoires. Destinées aux marchés de la thalassothérapie, des instituts, de la pharmacie ou à l’export, nos galéniques sont appréciées ; il ne fallait perdre ni en qualité, ni en tolérance, ni en confort. » Tous les tests doivent donc être refaits – sur la formule fabriquée au laboratoire, sur les premières productions… – afin de vérifier l’efficacité des nouveaux systèmes de conservateurs, la stabilité et la tolérance.

Un travail de longue haleine

À titre d’exemple, pour les produits de la gamme bébé Klorane, à cette batterie de tests ont dû s’ajouter ceux à réaliser sur l’enfant, comme en témoigne Muriel Morelli, directrice développement technique des produits chez Pierre Fabre Dermocosmétique. Il s’agit là d’un travail de longue haleine puisqu’il faut compter entre 12 et 24 mois de développement. 70% des formules de Science et Mer sont actuellement sans parabènes, avec un objectif de 90% à fin 2011. « Aujourd’hui, nous sommes plutôt optimistes, assure Maud Larnicol. En 2007, nous devions reformuler nos produits en substituant un système conservateur ayant fait ses preuves, et nous ne nous étions jamais posé la question « comment ferions-nous sans parabènes ? » » Autre point non négligeable, l’aspect financier. La décision de faire du « sans » a un coût chiffrable, en temps passé tout d’abord. « C’est un pari sur l’avenir », estime Maud Larnicol. Par ailleurs, Carole André n’a pas le souvenir qu’il y ait eu d’obstacles majeurs à surmonter en termes de faisabilité : « On peut se passer des parabènes, même si le résultat n’est pas le même à 100% ». Ou prendre la tangente et chercher ailleurs que dans la substitution.

Chez Pierre Fabre, une des solutions envisagées par la R&D a été l’utilisation d’une technologie de packaging appelée Defi (Dispositif exclusif formule intacte). « Cet emballage nous permet de ne pas incorporer de conservateur dans les formules. Il s’agit d’un système breveté de fermeture du tube, qui assure l’étanchéité complète avec l’extérieur », détaille Muriel Morelli. Dix années de recherche ont été nécessaires pour le mettre au point. La présence d’une membrane sur le tube évite toute rétrocontamination bactérienne une fois le produit ouvert. Deux références sont aujourd’hui porteuses de cette innovation. À l’avenir, « d’autres marques de Pierre Fabre Dermocosmétique pourraient en bénéficier », ajoute-t-elle.

Faire du « sans parabènes » était un défi technique. « Ce challenge nous a obligés à penser différemment, à mettre en place des approches stratégiques », reconnaît Muriel Morelli. Et il a stimulé l’innovation.

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