Avec le Miel Nourricier Corps, Maïlis Richard, parfumeuse chez Sanofl ore, met à l’honneur «une senteur universellement connue».

Rassurantes et addictives, les senteurs gourmandes titillent les narines. Elles transforment les moments de soin en instants de plaisir.

Moelleux à la vanille, macaron au chocolat… La cosmétique emprunte le lexique de la cuisine et introduit des senteurs gourmandes dans les soins. Chez Sanoflore, pour le baume Miel Nourricier Corps, l’accord miel de tilleul évoque la nutrition, tandis que le macaron inspire le Club des Créateurs de Beauté pour une ligne de gels douche signée par le chef pâtissier Christophe Felder. « Arrivée en France il y a trois-quatre ans, cette tendance existe depuis bien plus longtemps aux États-Unis », déclare Rolph Gasparian, nez chez Mane. Les consommateurs se sont habitués aux notes gustatives dans leur quotidien, « probablement grâce aux parfums d’ambiance aux notes de plus en plus gourmandes », analyse-t-il. On peut rappeler l’influence d’Angel, qui a introduit ce type de note en parfumerie fine. Mais, à l’instar du jus de Thierry Mugler, « nous sommes face à des odeurs très segmentantes, même si elles sont addictives », souligne Céline Pasquier, parfumeuse chez Mane.

Une dimension émotionnelle

En France, les senteurs gourmandes se limitent à la vanille, probablement la plus consensuelle, l’amande, le miel, le cacao… « On utilise souvent des ingrédients comme l’éthylvanilline ou le veltol, expose Alexandra Monet, créatrice chez Drom. Le thème vanillé est aisément identifiable par le public, tandis que le chocolat, même si on le reconnaît facilement, reste confidentiel. » D’autres pays sont plus audacieux. « Les États-Unis ou la Grande-Bretagne raffolent des effluves évoquant des tartes ou des desserts, quitte à exagérer le côté régressif, développe Pierre Gueros, parfumeur chez Drom. À l’inverse, elles sont peu utilisées en Allemagne, où l’image d’efficacité prime. La France, elle, préfère une certaine naturalité. »

Selon les experts, ces fragrances sont indissociables de la notion de plaisir, surtout dans les produits pour le corps. « Les notes gourmandes touchent à l’émotionnel, explique Fabienne Imbert, chef de produit marketing chez Mane. Elles ont apporté une dimension d’agrément à un segment comme la douche. » Mais les notes gustatives ne peuvent pas être intégrées à tous les segments. « Elles sont beaucoup moins présentes dans les soins du visage », souligne Maïlis Richard, parfumeuse chez Sanoflore, qui a travaillé sur la ligne gourmande au miel. Sans doute parce que ces soins sont directement en contact avec le nez. Idem pour l’anti-âge. « Ce type de produit doit avoir une image d’efficacité, confirme Alexandra Monet. On retrouve plutôt des variations issues de la parfumerie fine, avec des compositions florales vertes. » Elles s’adressent aussi à un public différent : « Les jeunes sont plus touchés, ils ont été élevés dans une explosion de notes gour- mandes », décrypte Pierre Gueros.

« Nous n’avons plus de limite »

Les parfumeurs rappellent la difficulté de « faire un parfum qui ne soit pas trop saturant », souligne Maïlis Richard. Pour Alexandra Monet, « certains ingrédients, comme l’éthylvanilline, peuvent colorer les produits ». Mais aujourd’hui, aucune senteur gourmande ne semble impossible à reproduire. « Nous n’avons plus de limite : nous pourrions même faire des parfums à la truffe ou au foie gras, détaille Rolph Gasparian. Nous avons modifié nos habitudes de travail en nous rapprochant des aromaticiens pour apprendre à restituer un chocolat, un café… » Les senteurs macaron sont très demandées actuellement. On peut imaginer que les cupcakes, à la mode dans l’alimentaire, soient reproduits en cosmétique. Il ne reste plus au consommateur qu’à choisir le menu.

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