Interview : “STABILISER LES ACTIFS GRÂCE AUX ÉMULSIONS”

Christophe Arnaud, cofondateur et directeur scientifique d’Emulsar.

Née en 2004, la start-up Emulsar met au point des émulsions très fines, de plus en plus utilisées dans l’univers cosmétique. Entretien sur les enjeux de ces techniques avec Christophe Arnaud, son cofondateur et directeur scientifique.

En quoi votre société se démarque-t-elle ?

Christophe Arnaud : Nous avons mis au point une technique qui permet d’obtenir mécaniquement des émulsions très fines, de 30 nanomètres (10-9 m) à un micron, qui restent stables. Habituellement, celles obtenues avec des procédés classiques ne sont pas parfaites ; les gouttes ne sont pas toujours homogènes et dépassent la taille souhaitée. Notre procédé, qui est breveté, ajoute une sollicitation mécanique à un procédé nommé émulsion membranaire : les gouttes se forment alors régulièrement. On peut également obtenir des émulsions multiples stables.

Pourquoi cette course aux émulsions de plus en plus fines ?

C. A. : Les émulsions dont les gouttes sont fines et régulières permettent de stabiliser certains actifs, comme les polyphénols ou la vitamine C, en les protégeant de l’oxydation et en conservant leur biodisponibilité. Du coup, les produits se gardent mieux. D’autre part, à un diamètre de goutte inférieur à 100 nm, les émulsions deviennent transparentes, ce qui peut être intéressant, dans le domaine de la parfumerie notamment. Enfin, les émulsions très fines permettent de développer des produits qui conservent les propriétés de l’huile tout en conservant une texture agréable, non collante.

Comment avez-vous trouvé votre place sur le marché ?

C. A. : Il existait un besoin : les professionnels de la cosmétique sont toujours en quête de solutions pour stabiliser leurs actifs. C’est un secteur très friand d’innovations. Nous avions donc l’originalité de la technologie. Dès la création de l’entreprise, en 2004, nous avons collaboré avec de grands noms de la beauté, qui nous finançaient grâce à des budgets de veille. Nous avons testé des textures, développé des émulsions parfums. Mais nos solutions nécessitaient de passer par l’industrie, ce qui s’est révélé compliqué. Les industriels n’avaient pas le réflexe de se dire que la solution à l’oxydation ou à une meilleure conservation pourrait être l’émulsion. Par la suite, on nous a suggéré de développer des intermédiaires de formulation, ce que nous nous employons à faire depuis 2009.

Emulsar travaille également avec d’autres acteurs du secteur, le Laboratoire BF International par exemple. Entre-temps, nous nous sommes aussi orientés vers l’agroalimentaire, un secteur rentable et riche en opportunités. Un lancement industriel aura d’ailleurs lieu dans ce secteur au premier semestre 2011. La crise n’ayant pas aidé, il était alors compliqué de travailler avec la cosmétique mais, courant 2010, nous avons à nouveau conclu des partenariats.

Quels sont vos prochains projets dans le domaine de la cosmétique ?

C. A. : Nous allons notamment mettre en place un catalogue d’émulsions encapsulantes dès le premier semestre 2011. Nous pourrons présenter quatre ou cinq structures types, actuellement en développement, qui offriront différentes propriétés et serviront de base à une offre à façon. D’autre part, des travaux sur la mise en oeuvre d’actifs vont démarrer avec de grands groupes. Notre objectif est de réaliser un chiffre d’affaires compris entre 300 000 et 500 000 euros cette année, contre 200 000 euros en 2010, et de remplir notre carnet de commandes industrielles en 2012.

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