Recrutement : recherche Esthéticiennes très pointues

Sur un marché de l’esthétique en pleine mutation, les postes à pourvoir montent en compétences. Une attente à laquelle les diplômes et les diplômés actuels ne répondent pas encore assez.

C’est un véritable SOS que lance Régine Ferrère, présidente de la CNEP (Confédération nationale de l’esthétique-parfumerie) : “Les professionnels cherchent des esthéticiennes hautement spécialisées… et ne les trouvent pas : une étude du Crédoc estime les projets de recrutement sur le marché du soin du corps à 2 700 emplois par an, dont les trois quarts ne sont pas pourvus ! Car les profils recherchés combinent des compétences non seulement en techniques de soin, mais aussi en accueil, en vente, en management et, de plus en plus, en anglais. Un mix auquel ne forme encore vraiment aucun des diplômes de la filière qui, pour le moment, s’articule autour de deux axes : un historique CAP + brevet professionnel (BP) côté pratique et un nouveau bac pro + BTS côté management”.

De nouvelles exigences

De fait, la profession évolue au fil des modifications de comportement d’un consommateur de plus en plus averti, qui s’intéresse moins au circuit où il va réaliser son soin (artisan indépendant, chaîne…) qu’à l’outil (les dernières techni-ques d’épilation) et à la nature (sans parabène) des produits. Le tout dans une optique de bien-être qui donne autant d’importance à l’accueil et à la prise en charge qu’au résultat. Des exigences auxquelles ne répondent pas les titulaires du seul CAP, qui représentent encore l’écrasante majorité des diplômées de la filière : elles étaient 11 400 en 2009, contre 2 100 en BP et 1 100 en bac pro. “Les titulaires de ce diplôme peuvent être embauchées comme conseillères en parfumerie, en institut parfois pour des prestations-minute ou en prothèse ongulaire. Mais ce sont typiquement ces profils qui alimentent le turn-over (quelque 4 000 postes chaque année), se désole Régine Ferrère : ces jeunes femmes quittent vite le métier car leurs rêves se sont heurtés à la bande de cire… celle qu’on leur a fait tirer à longueur de journée !”

Pour le Crédoc, le CAP n’est plus adapté, à lui seul, aux besoins du secteur. L’arrivée des nouvelles technologies, la diversification des prestations proposées, la compréhension et l’application des normes réglementaires ainsi que les exigences accrues en termes de rentabilité imposent une montée en compétences des professionnels de l’esthétique : ils doivent renforcer leurs qualifications administratives, commerciales, de gestion et de management. Est-ce à dire que le CAP doit disparaître ? “Il reste indispensable, affirme Murielle Mathe, directrice du lycée professionnel Skhole d’art à Toulouse. Il peut servir de clé d’entrée, en particulier à des élèves qui étaient en échec scolaire en fin de 3e. Et nous inscrivons aussi aujourd’hui de jeunes bachelières qui viennent avec une réelle motivation, ainsi que des adultes en reconversion qui visent à acquérir ou reprendre un établissement. Mais il est clair pour moi qu’un CAP doit au minimum évoluer vers un BP.” Ce que corrobore Jacqueline Peyrefitte, directrice de l’école lyonnaise Peyrefitte Esthétique : “On peut difficilement s’arrêter là, mais la poursuite d’études doit être adaptée au profil et aux attentes”. Dans son école, comme à Skhole d’art, une moitié de la dernière promotion CAP s’est orientée vers le BP et l’autre vers le bac pro.

Entre cabine et espace de vente

Des cheminements différents vers des postes différents. Car si les techniques esthétiques enseignées sont les mêmes, “les titulaires du BP les auront largement pratiquées dans le cadre de leur alternance, ce qui en fait des recrues très prisées des instituts de beauté/spa où la pratique domine sur le conseil-vente, indique Caroline Bourquin, directrice du service EM-Pro des écoles EMA, implantées principalement dans l’est de la France. Et aussi dans les parfumeries effectuant des soins, qui vont apprécier ces profils capables de naviguer entre cabine et espace de vente”. Murielle Mathe confirme : “Parmi nos élèves, ceux qui ont réalisé leur alternance dans des franchises ont été gardés à 90% comme salariés, avec des responsabilités de gestion de planning et d’équipe, mais pas de management”.

À l’inverse, côté bac pro, le “plus” réside davantage dans un enseignement général large qui ouvre la possibilité d’accéder au BTS, diplôme que la prochaine réforme, espérée pour 2012, devrait rendre encore plus opérationnel. Une filière mieux adaptée aux postes d’encadrement d’équipe, dont le nombre se développe en même temps que les structures se transforment d’unipersonnelle en multi-employés. Mais, pour Caroline Bourquin, si le BTS esthétique-cosmétique est la Rolls des formations du secteur, il n’est pas accessible à tout le monde, en particulier à cause du niveau exigé en sciences. Elle recrute d’ailleurs en priorité des bacs S ou à défaut conseille une année de prépa/remise à niveau.

L’objectif ici n’est pas d’être une simple esthéticienne, mais d’exercer un métier à responsabilités, avec plusieurs types de débouché : spécialiste puis responsable dans une parfumerie, formatrice, animatrice sur stand (ex-bergeries des grands magasins), spa manager, chef de zone pour une marque… Des postes à responsabilités souvent occupés jusqu’ici par des BTS commerciaux (type management des unités commerciales), formés ensuite aux produits. Dans cette “aspiration vers le haut”, certains vont encore plus loin en proposant des post-BTS en un an, spécialisés sur des créneaux ciblés. Comme l’Expert Soins Corps de Peyrefitte Esthétique, dont les diplômés trouvent très vite à se placer comme managers de spa dans le monde entier. Chez EMA, les Sup Bien-être et les Sup Parfumerie, forts de leur expérience en alternance, accèdent en direct à des postes que ne rejoindraient des BTS qu’après deux ou trois ans.

Un vrai potentiel de croissance

Mais pour celles et ceux – quelques garçons commencent à investir le secteur… – qui aspirent à entrer rapidement dans la vie active, le repositionnement peut aussi passer, au bout de quelques années, par la formation continue : la reconnaissance des compétences acquises en cours d’activité professionnelle via la VAE (validation des acquis de l’expérience) autorise à se porter candidat à un diplôme supérieur et le Dif (droit individuel à la formation) facilite l’acquisition de savoir-faire utiles face aux évolutions technologiques ou à l’apparition de nouveaux créneaux comme la socio-esthétique.

Autant “d’outils” de formation à saisir pour répondre aux (grandes) attentes des employeurs. Car, pour le Crédoc, “la branche recèle un réel potentiel de croissance, que les instituts de beauté et de bien-être ne parviennent plus à capter face à l’intensification de la concurrence issue des professions du sport et de la santé (médecins, kiné, pharmacies et para…), des salons de coiffure ou des grands magasins. C’est l’enrichissement des qualifications des salariés – en gestion, techniques de vente et de marketing, en management- qui va permettre d’améliorer les performances économiques des établissements et de proposer des offres cohérentes capables de mieux répondre aux attentes des consommateurs”.

En savoir + : www.cosmetiquemag.fr

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