Microencapsulation : des principes actifs plus efficaces

Éric Perrier, responsable de la R&D chez LVMH, considère que la microencapsulation a «révolutionné le monde de la cosmétique».

Depuis les débuts des technologies d’encapsulation en cosmétique, il y a un peu plus de vingt ans, la microencapsulation a su optimiser l’utilisation des actifs. Elle aurait même encore des propriétés à dévoiler.

« Qu’est-ce qui limite l’efficacité des principes actifs ? », interroge Éric Perrier, responsable de la R&D chez LVMH. Réponse : « Le fait que nous n’arrivions pas à leur faire jouer pleinement leur rôle. » La microencapsulation est l’une des solutions à ce problème. Éric Perrier n’hésite pas à lâcher le mot, cette technologie a « révolutionné le monde de la cosmétique ». Elle consiste à emprisonner un actif à l’intérieur d’une poche. Pour ce faire, il existe plusieurs méthodes, qui permettent d’augmenter la biodisponibilité des actifs, c’est-à-dire la quantité de principe actif atteignant sa cible et la vitesse à laquelle ce phénomène survient, facteur d’efficacité.

Protéger les ingrédients actifs

Soliance, fournisseur des grands noms de la cosmétique, commercialise des capsules nommées Sphérulites. « Ce sont des vésicules multilamellaires, agencées comme des oignons, qui emprisonnent un principe actif. Les membranes cassent au fil du temps, augmentant l’effet de rémanence », détaille Romain Reynaud, responsable R&D de la société. La technologie peut alors être utilisée pour servir deux objectifs : augmenter la pénétration de l’actif, ou améliorer son adhésion. Par exemple, si l’on veut que la capsule reste à la surface de la peau, on peut charger positivement la surface de la Sphérulite. L’épiderme étant chargé négativement, on crée une attraction qui oblige le principe actif à rester en surface. Une propriété utile, notamment pour augmenter l’effet longue durée des déodorants.

La microencapsulation permet d’autre part de protéger les ingrédients actifs des autres composés de la formule ou de l’environnement dans lequel ils sont présents. C’est le cas de la crème All Day All Year de la marque Sisley. « Nous y avons encapsulé des filtres solaires afin qu’ils ne soient pas en contact avec la peau », explique José Ginestar, directeur du laboratoire Sisley. Par ailleurs, la libération des actifs peut aussi être déclenchée. « La capsule peut très bien être ouverte par des stimuli tels que les radiations UV, par exemple », poursuit-il. Des capsules de cette sorte sont commercialisées, entre autres, par la branche Beauty Care Solutions (BCS) de BASF. Leur nom : les Smartvector UV, dont la membrane photosensible est constituée d’ADN marin.

Les technologies d’encapsulation ont cependant leurs limites. Le rendement, par exemple. En effet, le taux d’encapsulation varie entre 10 et 20%, c’est-à-dire que l’on va consommer plus d’actifs que la portion qui va se retrouver in fine dans les capsules. Le prix, par ailleurs, est très élevé. « Il peut multiplier par 20 le coût de la même molécule sans encapsulation », admet José Ginestar (Sisley). Pour autant, ni le prix ni le rendement ne sont perçus comme des freins, comparés aux bénéfices. « Les actifs sont précieux. Avec la microencapsulation, on peut en réduire les quantités car on a la certitude qu’ils vont mieux pénétrer et agir de façon plus ciblée », ajoute Laurent Nogueira, directeur de la communication scientifique chez Givenchy. Dans la gamme Radically No Surgetics, l’industriel utilise des capsules sensibles aux UV.

Les défis de demain

En outre, les techniques de microencapsulation ont de quoi se montrer encore très innovantes. « La dernière en date, de loin la plus prometteuse, est la microfluidique », juge Jean-Claude Le Joliff, professeur associé à l’Université de Versailles-Saint-Quentin. Cette technologie émergente, portée par la start-up française Capsum, produit notamment des actifs encapsulés, déjà en vente sur le marché asiatique, à venir chez nous. Elle utilise le contrôle des liquides dans des circuits très fins, qui permettent d’encapsuler les actifs avec une grande précision, et un rendement proche de… 100%, d’après Capsum. Toutefois, elle reste pour l’instant réservée aux actifs hydrophiles et à ceux qui sont rares.

Autre défi, « le ciblage cellulaire. Je pense que c’est l’avenir de la cosmétique », déclare Boris Vogelgesang, en charge de la communication scientifique de BCS chez BASF. Les actifs pourraient par exemple être dirigés vers un type de cellules de la peau en particulier. « L’encapsulation n’est pas une science finie, il reste du grain à moudre », affirme Gérard Redziniak, président de la Société française de cosmétologie. Il y a fort à parier que les technologies d’encapsulation n’ont pas livré tous leurs secrets.

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