Composition : l’ÉLOGE DE L’AUSTÉRITÉ

Avec L’Eau, Serge Lutens offre «une image ascétique et dénudée qui représente une des facettes de sa personnalité».

Oublié, le « bling-bling » ? Les codes épurés et les atmosphères dépouillées inspirent certains créateurs, qui tendent vers un minimalisme de plus en plus strict.

Less is more semble devenir le leitmotiv de la parfumerie. Après Untitled de Maison Martin Margiela au concept singulier et l’Eau de Serge Lutens qui détonne par sa simplicité, Juliette Has a Gun lance un parfum comportant un seul ingrédient tandis que Sephora accueille la marque Philosophy et son parfum épuré Amazing Grace.

Notes transparentes et fraîches

Prédilection pour le blanc, simplicité des noms, pas d’égérie… Les marques se montrent plus réservées après une décennie qui a vu le règne du « bling-bling ». C’est peut-être en réaction à cette profusion de parfums opulents que le goût des choses simples s’est affirmé. « Lors de la création d’une fragrance, la première question que l’on pose est « Comment être différent ? », explique Pierre Aulas, fondateur d’Art of Nose, agence de développement de parfums. Cela passe aujourd’hui par des notes transparentes et fraîches. » Succès des senteurs musquées, retour du galbanum ou odeurs mixtes : les jus cherchent à se démarquer par leurs matières premières.

Cette tendance à l’austérité a aussi marqué la mode, dévoilant des silhouettes chic tout droit sorties des fifties ou affichant un minimalisme très années 90. C’est la fin du porno-chic, et le parfum suit le mouvement. « Après la crise et les excès, on assiste à un retour à l’essentiel, avec des parfums pour soi, pour se ressourcer », estime Barbara Le Portz, fondatrice et consultante de Fragrance Intelligence. Elle évoque une forte demande pour « des compositions qui vont sublimer la personne sans se mettre en avant. » Les marques elles-mêmes semblent s’être lassées de l’ostentation. C’est le cas de Serge Lutens : « L’Eau est incontestablement une image ascétique et dénudée qui représente une des facettes de ma personnalité », déclare le créateur.

Simples mais pas simplistes

Cette demande de simplicité est cyclique. « Cela s’est déjà vu dans les années 90, avec CK One, Pleasure d’Estée Lauder ou L’Eau d’Issey », souligne Pierre Aulas. Il existe selon lui deux façons d’être minimaliste : « Certains parfums mettent en avant une seule matière première tandis que d’autres reposent sur un concept, comme Untitled de Martin Margiela ou A Scent d’Issey Miyake, dont la composition est loin d’être simple. » Et il ajoute que « si des parfums de designers se sont lancés sur ce créneau, c’est que ce parti pris constitue l’un des fondements de leur marque ». Les vrais minima- listes seraient donc à chercher « du côté des niches, à l’image d’un Frédéric Malle ou du Labo ».

En poussant la sobriété à l’extrême, que reste-t-il ? Peut-on encore parler de composition olfactive lorsque Romano Ricci, fondateur de Juliette Has a Gun, pousse l’épure jusqu’à proposer un parfum ne renfermant qu’un ingrédient, l’ambroxan ? Probablement, car ce dernier « possède plusieurs facettes », précise le créateur. Barbara Le Portz confirme : « Il s’agit d’un ingrédient rayonnant, qui se transforme sur la peau ». Mais pour ne pas tomber dans la routine, le minimalisme devra aller encore plus loin dans l’expérimentation.

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