Textures stretch : une formulation qui colle à la peau

Fortes de nouveaux ingrédients et de procédés spécifiques, elles se sont immiscées dans le monde du maquillage jusqu’à devenir incontournables. Les textures stretch produisent des effets inédits.

Lancé en mars, le dernier fond de teint de Gemey-Maybelline, Super Stay 24h, revendique l’appellation “fond de teint stretch”. Quelque temps plus tôt, Bourjois avait mis sur le marché des fards à paupières Ombres Stretch. L’Oréal Paris leur emboîte le pas cet automne avec des formules stretch inédites et brevetées pour ses ombres Color Infaillible. Le “stretch” est donc en passe de devenir une promesse incontournable des produits de maquillage. Issu de l’univers du textile, il présente l’avantage d’être facilement compris par la consommatrice. “Elle sait immédiatement que la formule va s’étirer sur la peau et épouser les formes”, résume Natacha Rossi, directrice marketing et communication chez Farevacolor. Souplesse, adhérence, naturalité… Les attentes des clientes sont comblées. Mais des produits très techniques se cachent pourtant derrière ce confort.

“Une texture stretch est constituée le plus souvent de grosses molécules, expose Stéphanie Reymond, responsable marketing opérationnel chez Strand Cosmetics. Elles forment un maillage qui va adhérer au visage.” Et de détailler les principaux ingrédients utilisés par Strand : des élastomères siliconés, des polymères tenseurs ou encore des particules d’acide hyaluronique.

“Pour les puristes, les textures de ce type sont celles qui peuvent se transformer, explique Sylvie Guichard, directrice de la communication scientifique de L’Oréal. Les polymères vont convertir la texture en film sur la peau.” Une technologie que l’on retrouve dans des fonds de teint L’Oréal Paris comme Infaillible 24h ou Mat’Morphose. Ce dernier étant, de plus, anhydre mais truffé de microbulles d’air qui permettent d’étirer parfaitement la formule. “Celle-ci procure un effet mat qui reste lumineux”, ajoute Sylvie Guichard.

Travailler la luminosité

La luminosité a été le cheval de bataille de la recherche et développement de L’Oréal Paris, surtout dans la conception de ses derniers Color Infaillible. La texture stretch semble la plus indiquée pour cette catégorie de produit, offrant tout à la fois “cohésion avec l’épiderme et étalement optimal, des qualités particulièrement intéressantes pour les fards à paupières, car une ombre peut avoir tendance à filer dans les plis si elle n’adhère pas correctement”, explique Sylvie Guichard. Les polymères présentent en revanche un désavantage : ils peuvent ternir la couleur d’une formule, lui conférant un rendu incompatible avec l’idée de luminosité, encore plus lorsqu’il s’agit de fards colorés. “Lors de la conception de Color Infaillible, nous avons dû modifier les process de pétrissage pour arriver à homogénéiser parfaitement les différents ingrédients, souligne-t-elle. Le mélange est compacté en douceur et non pressé, de façon à produire une texture intermédiaire qui reste “stretchable”.” La R&D de L’Oréal Paris travaille depuis des années sur ces formules et la technologie des Color Infaillible est aujourd’hui brevetée.

Une ouverture à de nouveaux segments

Les barrières techniques semblent devoir être chaque jour repoussées : “La flexibilité des ingrédients que nous utilisons n’est limitée que par l’imagination du chimiste”, confie Gabriele Depta, responsable de la R&D pour Intercos. Si l’essai est désormais transformé pour les produits du teint, d’autres catégories revendiquent l’appellation stretch, à commencer par le mascara.

Phenomen’eyes de Givenchy, lancé en 2008, ou plus récemment Elastic Mascara de Bourjois : le stretch ne fait plus seulement corps avec les cils, il les allonge au maximum. Un effet rendu possible chez Givenchy grâce à “des polymères et des cires qui étirent les écailles de kératine de manière mécanique”, détaille Laurent Nogueira, directeur de la communication scientifique des Parfums Givenchy. Un procédé spécifique qui vient en renfort de la brosse en forme de boule et qui s’inspire surtout des avancées issues du domaine capillaire.

Plus ludique, chez Farevacolor, un mascara Élastique a été lancé en avril 2009, jouant, lui, sur des polymères filmogènes couplés à un système gélifiant, “afin de produire une texture flexible et une application élastique”, comme le précise Natacha Rossi.

Des ingrédients plus nombreux

Dernière avancée plus timide, si les “lèvres stretch” ont encore été peu exploitées, Natacha Rossi évoque déjà “des esters filmogènes qui vont apporter un effet moelleux, rebondi et galbant”. Le travail effectué sur les textures intermédiaires pour les fards à paupière chez L’Oréal Paris pourrait donner naissance à des rouges à lèvres longue tenue, puisque “sur ce segment, on ne trouve pour le moment que des textures mates”, indique Sylvie Guichard.

Polymères adhésifs chez L’Oréal Paris, élastomères siliconiques chez Farevacolor… les ingrédients se sont multipliés : “Nous commercialisons aussi des matières premières qui permettent d’obtenir des textures stretch, comme par exemple un mélange de polyisoprènes dans des huiles et un polyanhydride”, confirme Gabriele Depta. Encore faut-il pouvoir les mélanger à une formule, même si “des progrès ont déjà été faits pour rendre les ingrédients plus polyvalents”, constate Stéphanie Reymond. Mais, ainsi que le souligne Natacha Rossi, “la plupart des matières premières de ce type coûtent encore cher, ce qui fait grimper le prix de la formule”.

UN MAQUILLAGE SURDOUÉ

Le stretch offre de multiples avantages aux consommatrices :

Une peau parfaite

“Le visage apparaît comme plus lisse. Il réfléchit la lumière et les imperfections sont gommées.”

Laurent Nogueira, directeur de la communication scientifique des Parfums Givenchy

Un effet tenseur

“Ces textures forment un maillage sur la peau qui va la gainer.”

Stéphanie Reymond, responsable marketing opérationnel chez Strand Cosmetics

Une seconde peau

“à l’instar des tissus, une texture stretch suit les contours de la peau pour apporter souplesse, confort et un maquillage sur mesure.”

Natacha Rossi, directrice marketing et communication chez Farevacolor

Une longue tenue

“Les principales caractéristiques des polymères que nous commercialisons pour la conception de formules stretch sont un effet semi-permanent et une adhérence optimale.”

Gabriele Depta, responsable de la R&D pour Intercos

Du plaisir

“Lors des tests réalisés pour les Color Infaillible, les femmes ont mis en avant le plaisir éprouvé à utiliser des textures “cream-to-powder” et le toucher satiné qu’elles procurent.”

Sylvie Guichard, directrice de la communication scientifique L’Oréal

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