Technologie : l’AIRLESS EST DANS L’AIR

Gérard Perrin, directeur marketing Quadpack Group

Inviolabilité, protection de la formule contre l’oxygène et taux de restitution optimal sont ses principales qualités. Vingt ans après son invention, le packaging airless séduit enfin les marques.

Les polémiques sur les conservateurs et les inquiétudes qu’elles font naître chez les consommateurs ont propulsé le packaging airless au premier rang en 2010. Un succès tardif pour une innovation technologique qui remonte déjà à une vingtaine d’années. « À l’époque de sa découverte, son intérêt avait certainement été mal évalué… et il ne répondait pas aux besoins d’alors », témoigne Gérard Perrin, directeur marketing de Quadpack Group. « Une innovation technique met toujours du temps à décoller », ajoute Emmanuel Mauduit, responsable innovation pompes chez Rexam. Les lancements effectués récemment par de grands groupes tels que L’Oréal ou Procter & Gamble ont fortement contribué à son émergence. Mais sa marge de progression reste énorme, notamment sur le continent américain et en Europe, où les marchés sont les plus dynamiques.

Un véritable engouement

L’avenir de cette technologie, définie par l’Airless Pack Association comme « un système distributeur inviolable non pressurisé, associant une pompe à action mécanique et un contenant qui, après remplissage et fermeture à l’abri de l’air, délivre le produit sans reprise d’air. Le contenant peut être à piston ou à poche », semble donc assuré. Première qualité de ce conditionnement : il permet de distribuer une formule en limitant les risques de contamination. « Déjà très appréciée en pharmacie, poursuit Gérard Perrin, cette solution s’installe en cosmétique, où les formules demandent un degré de préservation de plus en plus grand. La réglementation Reach participe aussi à son fort développement. Mais attention, l’airless ne dispense pas de conservateurs, il permet simplement de les réduire. » Mathilde Cathiard-Thomas, présidente de Caudalie, confirme : « C’est un procédé idéal pour disposer de formules comportant deux à cinq fois moins de conservateurs ».

Autres raisons de l’engouement provoqué par l’airless : qu’il soit à piston – le système le plus couramment utilisé – ou à poche, il assure une capacité de restitution très importante. En effet, en fin d’utilisation, il ne reste en moyenne qu’environ 5% de formule à l’intérieur du packaging. Le taux de restitution peut même atteindre plus de 98% pour des systèmes haut de gamme. Contrairement au tube, nul besoin de couper l’emballage pour recueillir les résidus de crème, comme le font de nombreux consommateurs.

Aujourd’hui, « son fonctionnement et la technologie permettant de le fabriquer étant parfaitement maîtrisés, il est difficile d’apporter des améliorations. Les innovations se situent principalement aux niveaux des formes et des marchés », atteste Lucyna Silberstein, présidente d’Airless Pack Association et PDG de Megaplast. L’airless gagne donc en fonctionnalité. « Il répond notamment aux besoins de dosage du produit et, surtout, il offre la garantie de distribuer une quantité identique de formule à chaque utilisation, illustre Emmanuel Mauduit. D’importantes recherches sont effectuées, sur les orifices de sortie par exemple, afin d’augmenter l’étanchéité du système. De même, les solutions facilement personnalisables sont très prisées. »

De nouveaux marchés

L’airless n’est désormais plus réservé aux seuls flacons. Il prend la forme de pots, et surtout de tubes. Leur conception ergonomique et parfaitement adaptée au rangement dans une trousse cosmétique ou dans un sac à main en fait un packaging particulièrement apprécié. En parallèle, les fabricants travaillent à la réduction du nombre de pièces le composant, à la réduction de l’épaisseur de ses parois et à l’amélioration du recyclage de l’ensemble. Avec Capri, un nouvel airless en polypropylène (PP), Fusion Packaging mise sur la simplification. Sa buse carrée permet d’éliminer le capot. Simplification aussi du côté de Lablabo, avec sa gamme Brio. En plus de distribuer les formules les plus visqueuses, ces conditionnements, disponibles en flacons de 30 à 100 ml, sont équipés de pompes utilisant 20% de matières plastiques en moins. Le système de verrouillage a été revu et s’effectue par une simple rotation du bouton-poussoir. Comme l’indique Jean-Philippe Taberlet, PDG de Lablabo : « Tout au long des deux années de développement de Brio, nous avons travaillé constamment avec le souci de ne pas avoir à choisir entre performances et prix : nous voulions les deux ».

Le dernier frein à un véritable boom de l’airless reste son coût de revient. Il semblerait pourtant que cet argument ne résiste pas aux attentes et à la satisfaction croissante des consommateurs. Si Gérard Perrin reconnaît qu’un système airless « s’avère plus cher qu’une pompe classique, le bénéfice à l’utilisation n’est pas comparable. »

MWV, quant à lui, a misé sur l’étanchéité. Sa pompe Adagio comporte un bec verseur en caoutchouc, équipé d’un joint qui empêche que la crème ne sèche à l’intérieur de la tête du distributeur.

Côté marchés, si les soins représentent le segment le plus plébiscité, d’autres émergent cependant. Ainsi, les solaires et les gels de fixation pour les cheveux, par exemple, s’intéressent de plus en plus à ce type de conditionnement. Des lancements devraient intervenir d’ici quelques mois. La recherche sur la miniaturisation des airless – en formats 2 et 5 ml – devrait également constituer une piste d’avenir. Dans le même temps, les grandes contenances, souvent plus économiques pour le consommateur final, sont un autre axe de réflexion important.

UNE SOLUTION D’AVENIR

Protection renforcée

Rexam a décidé d’associer les avantages de la pompe atmosphérique Nea et son expertise de la technologie airless pour développer Nea Airless. Conçue sans élastomère, la pompe Nea est équipée d’une bille en verre et d’un ressort placé en dehors de la chambre de dose pour garantir un parcours de la crème sans contact avec le métal, une totale neutralité et une protection contre les risques de décoloration et d’incompatibilité. La pompe est particulièrement adaptée pour distribuer les produits fragiles et ceux à haute viscosité.

Double simultanée

Afin de restituer parfaitement les bénéfices du soin Biotherm Age Fitness Elastic, le groupe L’Oréal a opté pour l’airless Twin Chamber de Quadpack Yonwoo. Ce dispenser permet un traitement double action qui combine une crème revitalisante et un sérum tenseur aidant à restaurer l’élasticité de la peau. Les deux formules, stockées séparément dans deux chambres de 15 ml, sont mélangées au point de sortie, sans aucune contamination du produit à l’intérieur. Plus lourd et plus résistant, le nouvel emballage transmet une meilleure valeur perçue.

DEFI RELEVÉ POUR PIERRE FABRE ET PROMENS

Dispositif exclusif formule intacte (Defi), c’est le nom du premier système breveté de distribution stérile qui contient les formules de la gamme Tolérance Extrême d’Avène, destinée aux peaux allergiques. Mis au point par Promens, il est « bien plus qu’un airless, affirme Vincent Cazelles, directeur développement packaging des Laboratoires Pierre Fabre, à l’initiative de ce développement. Defi, c’est l’ultrasécurité. Grâce à ce packaging, la formule est totalement et parfaitement protégée ». Après près de huit ans de développement, Defi se distingue aussi par son système de fermeture, qui permet de conserver la formule stérile intacte, à l’abri de tout germe durant la durée d’utilisation du soin. Depuis son lancement fin 2009, le soin pour les peaux allergiques Tolérance Extrême ne cesse d’amasser les récompenses : prix d’excellence de la beauté 2010 « Marie Claire », Prix « Santé Magazine », PCD Awards, deux Oscars « CosmétiqueMag ». Preuve que l’innovation est toujours payante. Avène et Pierre Fabre annoncent des déclinaisons de Defi dès 2011.

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