Spas : l’année des palaces

Le Fouquet’s Barrière compte sur la piscine du U Spa, accessible sur abonnement, pour fidéliser ses clients face à l’arrivée de nouveaux venus.

L’ouverture de nouveaux hôtels de luxe à Paris promet un enrichissement de l’offre de spas dans la capitale. Les acteurs déjà en place s’y préparent avec vigilance.

En quelques mois, le paysage des palaces parisiens va être bousculé. Pas moins de trois nouveaux cinq étoiles doivent ouvrir dans le « triangle d’or » de la capitale, à la suite du Royal Monceau qui vient de faire peau neuve au 37 avenue Hoche, dans le 8e arrondissement. Il doit être rejoint en décembre par le Shangri-La, avenue d’Iéna, en juin 2011 par le Mandarin Oriental, rue du Faubourg Saint-Honoré, en attendant le Peninsula, avenue Kléber, en 2012. Aux côtés de la restauration et de l’aménagement des chambres, l’offre de spa fait partie intégrante des services d’exception promis par ces hôtels de luxe. Celui du Royal Monceau, prévu en janvier prochain, s’étendra sur 1 500 m², avec une piscine de 26 mètres de long et des soins signés Clarins. Le Shangri-La annonce 1 000 m² dédiés au bien-être, dont une piscine de 16 mètres baignée de lumière naturelle. Quant au Mandarin Oriental, il mettra en avant sa propre marque et ses « soins holistiques favorisant la relaxation », dispensés dans des « suites privées mêlant hydrothérapie et sources de chaleur ».

Le spa, critère de sélection

« Les clients français ont découvert le spa avec un peu de retard, analyse Caroline Marcoux, fondatrice du cabinet de conseil Coach Omnium & Spa. Paris bénéficie d’une clientèle locale aisée et connaisseuse. Pour les clients internationaux, le spa fait partie des critères de choix d’un hôtel même s’ils ne le fréquentent pas. » Du côté des dirigeants de spa déjà établis, l’arrivée de cette offre de prestige est observée de près. William Cardelin, manager du U Spa de l’hôtel Fouquet’s Barrière, se méfie surtout du Royal Monceau : « Comme nous, il aura une piscine accessible sur abonnement et certains de nos membres pourraient être tentés par la nouveauté. Pour anticiper, j’investis dans le remplacement des tapis de course pour la salle de fitness et la cabine double sera rénovée d’ici à novembre. » Les 750 m² du U Spa, aménagés par le décorateur Jacques Garcia, comprennent huit cabines dédiées aux soins visage et corps Sensai. Une attention particulière est portée sur les protocoles. « L’esthéticienne est toujours présente en cabine, sa gestuelle est précise, même pour le démaquillage des yeux, explique Nathalie Yuksel, responsable formation Sensai. Un thé est proposé au début de chaque prestation : thé vert et yuzu pour le soin anti-âge, herbal tea pour le soin du corps. L’hospitalité fait partie du service d’un palace. » Depuis peu, l’établissement a intégré la marque bio haut de gamme franco-japonaise Mon Soin du Visage, dans la logique luxe et développement durable de l’hôtel. Le spa du Fouquet’s compte sur son expérience, validée par le label Leading Spas, pour garder son avance sur des nouveaux venus qui seront inévitablement confrontés aux problèmes d’ajustement des débuts.

Qualité des prestations

Rue de Rivoli, le Meurice prévoit lui aussi des travaux d’agrandissement pour le spa, qui ne compte que trois cabines et pas de piscine. Mais Sylvaine Declèves, la responsable, est sereine sur la qualité des prestations. « Le Mandarin Oriental est surtout réputé pour les massages. Au Royal Monceau, Clarins n’a pas le même positionnement que notre marque exclusive, Valmont. Celle-ci s’adresse à des femmes de plus de 50 ans qui veulent des produits proches de la médecine esthétique. Certaines clientes descendent dans cet hôtel parce qu’il y a Valmont. » Cette ancienne responsable des spas Shiseido officie encore en cabine « parce que c’est une passion. Ici, on appelle les clientes par leur nom, on fait du cas par cas. C’est exaltant, on a l’impression d’être vraiment une thérapeute. » De fait, le spa du Meurice est l’un des plus rentables de la capitale. Les ventes produits comptent pour près du tiers du chiffre d’affaires (contre 10 à 20% en moyenne) et une trentaine de clientes fidèles dépensent 1 000 à 1 500 euros par mois.

Cette approche personnalisée est une clé de la réussite des spas, estime Caroline Marcoux (lire encadré p. 30). Ceux-ci se doivent d’enrichir l’expérience client. « Les progrès réalisés en domotique n’apparaissent pas encore dans le spa, souligne la consultante. Il existe des technologies pour créer des ambiances, comme au théâtre. On peut imaginer des projections d’hologrammes choisis par le client afin d’adapter les lieux rien que pour lui. Il faut aussi personnaliser les soins par rapport au type de peau, au problème du moment, stress, digestion… » Des techniques permettent de développer la fréquentation : amenities (échantillons), brochures et peignoir dans les chambres, affichage dans l’ascenseur… Au Fouquet’s, William Cardelin a mis en place des incentives pour le personnel de chambre, des promotions pour les périodes creuses, des e-mailings pour les membres. Selon Olivier Aron, fondateur de la société d’études Rosae, « on a dépassé la phase du recrutement. Les spas sont face à une population éduquée, experte. Ils ne peuvent plus laisser les clients avoir froid sur une table. Mais pour ceux qui font bien leur métier, l’arrivée de nouveaux entrants de grande qualité est forcément une excellente nouvelle. » Autrement dit, il y aura de la place pour tout le monde.

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