les mixtes sortent de la niche

Après s’être affirmées avec des accords audacieux, souvent réservés aux marques de niche, les fragrances non positionnées proposent des jus plus consensuels en 2010. Une manière de se rendre plus accessibles.

Ils gagnent du terrain avec presque autant de lancements que chez les masculins. Les mixtes représentent cette année 16% des nouveautés étudiées par Cinquième Sens. Territoire de prédilection des marques de niche, le parfum non positionné devient aussi le terrain de jeu du sélectif. Hermès, qui avait déjà tenté l’expérience avec la collection des Jardins, remet ça pour Voyage d’Hermès, « parfum à partager » soutenu par une vaste campagne de communication. Le créateur maison, Jean-Claude Ellena, a eu carte blanche pour cette fragrance boisée musquée au départ très frais d’agrumes, signature du maître parfumeur. Sans cesse réinventée depuis quelque temps, la cologne est l’un des symboles de la catégorie. Thierry Wasser, chez Guerlain, en propose une interprétation très personnelle pour la Cologne du Parfumeur, dans laquelle les habituels hespéridés se mêlent à des notes vertes et musquées plus originales. Malgré cette intrusion d’acteurs du sélectif, les marques de niche ne déméritent pas. Elles représentent désormais 25% de la distribution de parfums. « Les petites marques d’hier deviennent aujourd’hui des références avec, cette année, L’Eau, Bas de Soie et Boxeuses – trois créations signées Serge Lutens -, Diptyque, Byredo ou encore les Parfums d’Orsay », observe Isabelle Ferrand, directrice générale de Cinquième Sens. La caractéristique commune à tous les mixtes est de travailler des ingrédients phares de la parfumerie en privilégiant leur qualité. Ainsi, Thierry Wasser assure être allé chercher sa fleur d’oranger chez un petit producteur de Calabre pour la Cologne du Parfumeur et Diptyque a fait venir ses vanilles des quatre coins du monde pour Eau Duelle. Les hespéridés, les bois et les fleurs restent les matières privilégiées de cette catégorie mais ils sont moins interprétés dans les extrêmes, rendant plus accessible cette parfumerie habituellement réservée aux initiés.

Première famille olfactive de ce groupe, les hespéridés sont abondamment présents dans les eaux et les colognes. On relève d’ailleurs, au sein des mixtes, l’apparition de l’appellation « eau ». Cette tendance marketing, que l’on retrouve chez les féminins, signe leur volonté d’être mieux compris. Le bien nommé Palermo de Byredo est un hommage aux agrumes de Sicile, dans lequel le créateur Ben Gorham et le parfumeur Jérôme Épinette (Robertet) associent orange, citron, bigarade, pamplemousse et bergamote. Un cocktail qui prend le pas sur le coeur de musc et d’absolu de rose. Les agrumes se suivent mais ne se ressemblent pas : l’Eau de Cartier Essence d’Orange est une ode à l’orange, Blu Mediterraneo Bergamotto di Calabria d’Acqua di Parma à la bergamote.

La famille des boisés est également très appréciée. « Les bois permettent de vrais partis pris, explique Isabelle Ferrand. Récemment, les maisons de composition ont développé beaucoup de molécules de synthèse boisées qui s’ajoutent à la riche palette des naturels pour des accords originaux. » Cette année, on retient le joli Vetyverio de Diptyque, mariant deux variétés de vétiver – l’une venue d’Indonésie avec des facettes terreuses, l’autre en provenance d’Haïti, plus délicate – qui se fondent à des muscs pour la tenue. Ce bois de référence de la parfumerie est aussi à l’honneur dans Black Vetyver Café de Jo Malone et dans Coeur de Vétiver Sacré de L’Artisan Parfumeur. Les autres bois plébiscités sont le santal et le cèdre, duo repris par Jean-Claude Ellena pour Voyage d’Hermès. Byredo propose un manifeste olfactif, sans doute le moins consensuel de la famille, avec Baudelaire. Baies de genièvre, poivre noir et cumin en tête posent le décor. Puis l’encens, la jacinthe et le cuir se mêlent au fond de papyrus, patchouli et ambre noir.

Les fleuris toujours à l’honneur

De leur côté, les fleuris mixtes continuent leur progression. Déjà, en 2009, ils avaient été adoptés par Chanel pour son exclusif Beige et par Byredo pour Blanche. Ce dernier propose une Tulipe, Honoré des Prés une tubéreuse bio très rémanente. By Kilian lance une déclinaison de sa fragrance Oud, Rose Oud, construite autour de la rose de Turquie et de l’essence de rose de Grasse, tandis que Jo Malone mélange le freesia à la poire pour English Pear & Freesia. De quoi combler les amateurs.

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