Création : paris-New York, Un parfum de confiance

Sophie Labbé, IFF : «Travailler à deux est un ping-pong permanent, un challenge pour donner le meilleur de soi-même».

Les studios de création, installés entre Paris et New York, multiplient les travaux communs. Quels sont les avantages de ce type de collaboration ?

Nombreux sont les nouveaux parfums créés à deux nez, quand ce n’est pas trois. Si la composition à plusieurs est devenue monnaie courante, concevoir un projet à distance, avec des parfumeurs installés à Paris et à New York, séduit les maisons de composition comme les marques. Société américaine, IFF a mis en place des collaborations entre les studios new-yorkais et parisiens depuis une dizaine d’années. « Nous avons introduit le principe d’un même centre de création dans deux lieux, explique Christophe de Villeplée, senior vice president, global fine fragrance & beauty care. C’est une manière d’utiliser au mieux nos ressources et d’avoir une expertise globale. »

Des sensibilités complémentaires

Des créations comme Flowerbomb de Viktor & Rolf ou, récemment, Beauty de Calvin Klein ont vu le jour de cette façon. Pour ce dernier, Sophie Labbé, parfumeur senior vice president d’IFF à Paris, a travaillé avec Carlos Benaïm, basé à New York. Cela permet, selon elle, « d’avoir un double regard sur le projet et de le faire profiter d’expériences complémentaires, surtout pour les lancements internationaux ». Christophe de Villeplée acquiesce : « Les collaborateurs ont des cultures et des sensibilités différentes, mais ils se complètent parfaitement ».

Symrise a aussi opté pour l’internationalisation de la création. Play de Givenchy a été composé à Paris par Émilie Coppermann et Lucas Sieuzac, mais l’équipe d’évaluation à New York a suivi le projet de près. Aujourd’hui, la fragrance est dans le top 10 américain. Béatrice Mouleyre, senior vice president fine fragrance creation, chapeaute tous les parfumeurs de la même façon, qu’ils soient à Paris, New York ou ailleurs : « La priorité est au travail d’équipe, axé sur nos valeurs : confiance, respect et échanges ». Maurice Roucel, maître parfumeur de Symrise oeuvrant dans les deux villes, confirme que ces valeurs sont gages de qualité : « Les deux studios sont reliés et on a quelqu’un de confiance de part et d’autre de l’Atlantique ». L’éloignement n’est pas un problème : « Grâce aux nouvelles technologies, il est facile de collaborer à distance, confirme Béatrice Mouleyre. Cependant, le virtuel ne fait pas tout et je saisis chaque opportunité de déplacement pour renforcer les liens ».

Du côté des marques, avoir des parfumeurs sur les deux continents « minimise les risques d’échec », estime Christophe de Villeplée. « Les clients ayant eux-mêmes des bureaux à Paris et à New York, ils ont toujours un interlocuteur », ajoute Sophie Labbé. Autre intérêt : la sensation d’un travail non-stop grâce au décalage horaire. « Lorsqu’un créateur s’arrête, un autre prend le relais », souligne-t-elle.

Ces collaborations transatlantiques devraient s’intensifier avec l’arrivée de São Paulo parmi les grands centres de développement mondiaux chez IFF et la montée en puissance des studios de création des pays émergents.

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