Algues : c’est bio, La mer

Afin de ne pas se priver de certaines algues, Phytomer ne compte pas demander la certification bio pour sa crème Initial Jeunesse et son masque Réveil Jeunesse.

En reconnaissant les algues comme des éléments issus de l’agriculture biologique, Bruxelles ouvre de nouvelles voies à la cosmétique marine.

Le vert écolo vire au bleu. Les algues, les micro-algues et le phytoplancton sont considérés depuis fin 2009 comme des éléments issus de l’agriculture biologique (1). “Il est donc possible de certifier des algues récoltées en mer ou cultivées en milieu marin. Il suffit que le cosmétique en contienne au moins 10% pour décrocher la certification”, déclare Valérie Lemaire, directrice éco-produits et certification cosmétiques Ecocert. Mais, pour l’instant, aucune algue française n’a été labellisée bio. Ecocert devait commencer un audit auprès des récoltants, notamment pour contrôler la qualité des eaux, fin juillet. En attendant, “les produits finis doivent continuer à introduire au moins 10% d’extraits végétaux bio pour être certifiés”, précise Valérie Lemaire. Il en est ainsi des produits BioMarine Cosmetics, diffusés en instituts, centres de thalasso, magasins bio et parapharmacies par Paris Exclusive depuis septembre 2009. Et des 24 soins visage et corps Bio Carnac (Carnac Thalasso & Spa Resort) labellisés Cosmebio ou de certaines références de la nouvelle ligne Énergie Minérale Nature & Découvertes. Les deux gammes ont été formulées par le même laboratoire : Ocealys. “Nous attendons qu’Ecocert certifie les algues que nous récoltons dans l’archipel de Molène”, explique Fabienne Bresdin, présidente d’Ocealys Laboratoire. Ils sont une dizaine de fournisseurs d’algues bretons à patienter.

Source d’inspiration

Si les marques sont encore peu nombreuses à réclamer une certification, “l’intérêt pour les actifs marins s’est intensifié au fil des avancées de la recherche sur les algues”, constate Fabienne Bresdin. Elles ont d’abord été exploitées pour leur pouvoir de rétention de l’eau à l’intérieur des cellules de la peau puis on leur a découvert des vertus antioxydantes, des richesses en vitamines C, E et B. Des soins du corps, elles ont migré vers des anti-âge pour le visage et des capillaires, plus seulement réservés aux centres de thalassothérapie. Créateurs à façon, les laboratoires Science & Mer ont lancé leur propre marque il y a trois ans et demi pour “pallier l’absence d’offre de ce type en pharmacie et para (850 portes aujourd’hui)”.

Au-delà des algues, les végétaux marins, les minéraux et l’eau, riche en oligo-éléments, sont de plus en plus utilisés dans les cosmétiques. “Même si les minéraux marins, comme le nouveau Seafoam (lire p. 76), restent minoritaires dans notre portefeuille, nous constatons un intérêt des fabricants pour ce genre d’ingrédients”, confirme Arnaud Bellon, directeur commercial et marketing de Crodarom. Même les marques généralistes se jettent à l’eau. Garnier, dont la gamme Bodytonic contient des algues, a introduit de la criste-marine certifiée bio dans sa nouvelle ligne anti-âge, Bio Active. Cette plante est aussi présente dans un soin pour ongles de Peggy Sage. Camille Albane a sorti en mars des capillaires solaires à l’eau de source marine. Shu Uemura, qui introduit depuis trois ans une eau puisée dans les profondeurs – Depsea Water – dans ses maquillages, l’a intégrée dans une gamme hydratante pour le visage, Depsea Hydrability, en vente depuis mai.

Le spécialiste, Phytomer, a reconstitué de l’eau originelle pour son soin minceur Retouche Silhouette. De l’eau de source marine enfouie sous les roches de l’île de Noirmoutier est déjà utilisée pour ses propriétés apaisantes par la société malouine. “C’est un élément qui répond à une attente de pureté, de naturalité”, explique Mathilde Gédouin-Lagarde, directrice marketing de Phytomer. “L’eau est passée du statut de commodité, au sens anglo-saxon du terme, à celui d’agrément. Elle est plus que jamais liée à la notion de bien-être”, selon Hélène Capgras, fondatrice de Brain for Beauty (Martine Leherpeur Conseil). Les eaux de mer sont “porteuses de mythes, de fonctions régénératrices, purificatrices, ajoute Françoise Dassetto, présidente de l’agence White Spirit. C’est un ingrédient ambigu : riche en imaginaire mais pauvre dans sa perception”. Une image qui pourrait bien changer.

DES EAUX SOUS HAUTE SURVEILLANCE

Casse-tête pour les récoltants d’algues. Pour être certifiées bio, les algues doivent être récoltées ou cultivées dans une eau de très bonne qualité. Les zones de qualité des eaux sont définies par le ministère de l’Environnement. “Mais si l’eau n’est pas conforme en raison de l’extrapolation des résultats des dosages à des zones théoriques, le récoltant devra réaliser des analyses à ses frais pour justifier d’une naturalité, signale Christine Bodeau, présidente de la Chambre syndicale des algues et des végétaux marins. Cela risque d’augmenter le coût de revient du kilo d’algues. Par ailleurs, nous sommes face à des petits récoltants qui ne sont pas toujours informés de la nouvelle législation et qui doivent aussi affronter la concurrence croissante d’algues importées du Chili et d’Islande, estampillées du label anglo-saxon NOP.”

(1) RCE n°710/2009 de la commission du 5 août 2009.

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