R&D : la chimie vire au vert

Avec les politiques de développement durable mises en place dans les entreprises du secteur beauté, la chimie verte est devenue incontournable pour les unités de recherche, même si elle ne supplante pas encore les méthodes traditionnelles.

Plus propre et plus sûre pour l’environnement, la chimie verte s’est imposée dans les laboratoires comme une alternative à la chimie traditionnelle. Si les extraits de plantes ont toujours fait partie du panel d’ingrédients des marques, le concept va plus loin. Concrètement, il s’agit de “fabriquer des produits à partir de végétaux, et de les concevoir dans le respect de l’environnement”, explique Lionel de Benetti, directeur de la recherche de Clarins. Escine extrait du marron d’Inde, asiaticosides tirés de la Centella asiatica… La marque revendique près de 50% d’ingrédients provenant du végétal. Les techniques de synthèse et de fabrication sont aussi concernées.

Recommandée dans les principes de la chimie verte (lire encadré ci-dessous), la catalyse – le fait d’accélérer la vitesse de réaction avec un catalyseur – permet aujourd’hui de “diminuer les étapes de production, ainsi que la consommation d’énergie ou la durée de fabrication”, résume Michel Philippe, responsable de la chimie verte pour L’Oréal.

Un changement onéreux

La molécule star du groupe, le Pro-Xylane, résulte des avancées de la recherche dans ce domaine. Elle est synthétisée en seulement deux étapes, à partir d’un sucre naturel contenu dans le bois de hêtre, le xylose. “Il nous a fallu environ sept ans pour l’obtenir et l’exploiter, soit à peu près le même temps que pour une molécule issue de la chimie traditionnelle”, souligne le scientifique.

Économiser les étapes et l’énergie, n’est-ce pas économiser tout court ? “On se dirige vers un gain de temps mais la technicité des procédés demande encore de l’investissement”, poursuit Michel Philippe. Selon Claude Fromageot, directeur de la recherche pour le groupe Yves Rocher, “la chimie verte est aussi abordable que les méthodes classiques, mais le changement de procédé est onéreux, surtout en période de crise”. De plus, des limites subsistent. “Il est compliqué de fabriquer des conservateurs naturels ou des filtres solaires”, explique-t-il. Pour Lionel de Benetti, “les silicones sont difficilement remplaçables, surtout dans le maquillage, de même que certaines émulsions”. Toutefois, l’évolution rapide de la recherche laisse ouvert le champ des possibles.

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