Interview : « Les risques psycho-sociaux s’amplifient »

Vincent Cattiaux, directeur de Comundi, organisme de formation professionnelle notamment spécialisé sur les risques psychosociaux, fait le point sur ce thème et sur les risques encourus par les entreprises et les salariés.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’on entend par « risques psychosociaux » ?

Vincent Cattiaux : Ils recouvrent des risques professionnels qui portent atteinte à l’intégrité physique et à la santé mentale des salariés : stress, harcèlement, épuisement professionnel, violence au travail… Ils peuvent être responsables de pathologies telles que des dépressions, des maladies psychosomatiques, des problèmes de sommeil, mais aussi générer des troubles musculo-squelettiques, des maladies cardio-vasculaires, voire entraîner des accidents du travail. Ils nourrissent par ailleurs l’absentéisme.

Est-ce un thème qui préoccupe de plus en plus les entreprises ?

V. C. : Grâce à nos formations, nous sommes à un poste d’observation intéressant et oui, nous notons un intérêt croissant de la part des entreprises. En 2000, nos premières formations sur le stress au travail n’avaient pas trouvé de public alors qu’aujourd’hui, elles sont très demandées. L’accélération s’est produite en 2005, avec une forte médiatisation du sujet alimentée par les cas de suicide chez Renault puis chez France Télécom. La crise économique et les tensions dans l’entreprise qui en résultent ont amplifié le phénomène.

Les nouvelles organisations du travail jouent-elles aussi un rôle dans le développement de ces risques ?

V. C. : Les entreprises adoptent de plus en plus une organisation matricielle et le développement en mode « projet ». Moins codifiés, moins hiérarchisés, ces modèles de fonctionnement sont des catalyseurs du phénomène. Ils font perdre leurs repères aux managers et accentuent la pression sur les salariés, qui ont tendance à se fragiliser. Signe des temps, nos formations type « gestion des conflits » ou « accompagnement des collaborateurs fragilisés » sont très demandées. Les nouvelles technologies collaboratives demandent aussi aux salariés une rapidité d’exécution et une agilité plus grandes, qui posent problème à certains. Elles soulèvent également la question de la porosité entre vie professionnelle et vie personnelle, parfois difficile à gérer.

Quels sont les métiers qui vont faire de la prévention dans l’entreprise ?

V. C. : En premier lieu, ce sont les « préventeurs », c’est-à-dire les médecins du travail et les responsables sécurité. Ensuite, ce sont les directeurs des ressources humaines, chargés de mettre en place des plans de lutte contre le stress au travail. Ils sont très sensibles à la question du risque suicidaire. Ils subissent une double pression, sociétale et d’image pour leur marque employeur. La pression réglementaire est encore faible mais elle devrait se durcir. La première pierre a été le Plan d’urgence sur la prévention du stress au travail lancé par le gouvernement fin 2009.

Certains métiers sont-ils plus « à risque » ?

V. C. : Les professionnels en prise directe avec le public sont plus à même d’être exposés. Dans l’univers de la parfumerie, par exemple, les conseillères de beauté se trouvent confrontées à une agressivité de plus en plus forte de la part des clients. Il existe également des périodes à risque, notamment quand un secteur vit un changement structurel.

En savoir plus : comundi.fr ; etre-bien-au-travail.fr

Facebook
Twitter