Tests sur animaux : recherche alternatives désespérément

Malgré l’interdiction des tests sur animaux en cosmétique, les méthodes alternatives disponibles manquent. C’est ce que confirme un rapport de la Commission européenne.

À Bruxelles, le SCCS (Scientific Committee on Consumer Safety, ex-SCCP, comité scientifique indépendant) a publié un mémorandum sur les méthodes alternatives validées. Sa conclusion est limpide : elles ne sont pas assez nombreuses. “Nous ne disposons pas des tests validés dont nous avons besoin, et nous ne les aurons pas à temps”, affirme Vera Rogiers, chef du département de toxicologie à la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et coprésidente du SCCS. En effet, il ne s’agit pas seulement de trouver des tests alternatifs in vitro ou in silico, mais aussi de les faire valider scientifiquement, puis par les autorités réglementaires – un processus qui prend plusieurs années.

Plus aucun animal utilisé

La tâche est d’autant plus ardue que les cosmétiques, contrairement aux autres produits, doivent viser des méthodes dites de “remplacement” (plus aucun animal utilisé). Les deux autres types de méthode existants, dits de “raffinement” (moins de souffrance animale) et de “réduction” (moins d’animaux utilisés) sont exclus pour les cosmétiques. Or, “la plupart des succès dans le développement de méthodes alternatives concernent des (…) méthodes de réduction/raffinement”, précise le rapport. C’est pourquoi, à fin 2009, des procédures de remplacement validées étaient disponibles pour cinq paramètres seulement (corrosivité de la peau, irritation cutanée, absorption cutanée, mutagénicité/génotoxicité et phototoxicité). Pour les deux autres paramètres concernés par la date butoir de 2009 (toxicité aiguë et irritation oculaire), il n’y a toujours pas de méthodes validées. Idem pour les paramètres de 2013 (toxicité à doses répétées, reprotoxicité et toxicocinétique).

D’un point de vue scientifique, il est admis que cette deuxième date butoir (2013) n’est pas tenable. Pour Vera Rogiers, “c’est un des problèmes de notre démocratie : tout passe par le Parlement, donc le lobbying. N’importe quel toxicologue sait que ces délais sont impossibles. Mais des groupes de protection des animaux laissent entendre que l’industrie cosmétique n’a pas besoin de nouveaux ingrédients”. Comprendre : même si l’interdiction des tests sur animaux freine ou stoppe l’innovation en cosmétique, ce n’est pas grave car il ne s’agit “que” de maquillage… Une vision contre laquelle Vera Rogiers s’insurge : “C’est absurde, car les produits de beauté partagent de nombreux ingrédients avec d’autres secteurs : dermatologique (filtres solaires, qui participent à lutter contre les cancers), pharmaceutique et alimentaire (certains conservateurs et colorants)”.

Du temps et des moyens

Pour l’heure, l’industrie cosmétique et la Commission européenne se sont engagées dans un effort conjoint sans précédent, investissant chacune 25 millions d’euros pour la recherche en toxicité systémique. L’appel d’offres est clos et les futurs programmes sélectionnés devraient commencer à la fin de l’année. Mais leur durée étant de cinq ans, on aura largement dépassé 2013… Preuve si nécessaire que la recherche scientifique ne se décrète pas : elle exige du temps et de gros moyens financiers.

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