MATÉRIAU : le bois confère une signature écolo

Thomas Diezinger, directeur adjoint de Jackel France

Surfant sur la vague verte, le bois, matière noble et naturelle, arrive dans la beauté. Son utilisation reste cependant difficile, onéreuse… et pas toujours écologique !

À l’ère du « post-Copenhague », chacun doit montrer patte verte alors même que la bataille des linéaires ne faiblit pas. Sur cette tendance, le bois apparaît comme une opportunité de se lancer sur la voie de l’écologie tout en maintenant un niveau de rêve et d’imaginaire propre au luxe. « Le grand public considère spontanément le bois comme un matériau noble », observe Gérald Martines, make up innovation director chez Rexam. « Il offre une proximité directe avec la nature », note Thomas Diezinger, directeur adjoint de Jackel France.

De nouveaux standards

Les marques l’ont choisi pour faire leurs premiers pas dans le développement durable. Urban Decay, la griffe de maquillage américaine vendue en France chez Sephora, affiche haut et fort son engagement avec un boîtier à ombres à paupières en bambou, la bien nommée Sustainable Shadow Box, développée par HCT. Une cuve en plastique séparable, qui se détache facilement pour favoriser le recyclage des matériaux, est insérée dans le boîtier. Pour le relancement de sa ligne de maquillage Aquarela, Natura Brasil a fait appel à Rexam, davantage connu pour ses réalisations en plastique. Le fournisseur a fabriqué des tubes de rouge à lèvres injectés de sciure (lire encadré page suivante). Toujours en maquillage, Yves Saint Laurent puise dans l’histoire de la couture pour une série de poudriers en bois inspirés des talismans massaïs et réalisés par Jackel.

Du côté des parfums, le bois donne de la noblesse aux flacons et fait écho aux notes boisées des compositions. Armani Privé l’a ainsi adopté pour les capots de ses précieux élixirs, Van Cleef & Arpels pour le coffret de la Collection Extraordinaire de fragrances, signé Jackel. De même, Issey Miyake le met à l’honneur le temps d’une édition limitée de L’Eau d’Issey. L’italien Technotraf, qui a fait du bois sa spécialité, a développé pour la marque un coffrage complet du flacon en hêtre. « Chaque année, nous cherchons à créer une rencontre entre l’eau et une matière. C’est une manière de réaffirmer notre créativité », explique Nathalie Helloin Kamel, VP parfums Issey Miyake. La Maison a aussi retravaillé la note féminine, légèrement boisée, afin de donner toute sa dimension au mix. Dans la majorité de ces cas, il apparaît que la dimension marketing prédomine sur l’écologie.

Pour surfer sur cette vague, les fournisseurs d’emballages créent de nouveaux standards. Le canadien Louvrette a lancé l’année dernière trois gammes de pots standard en bois avec différentes finitions possibles et Technotraf propose une large palette de contenants, aussi bien pour le maquillage que pour le soin. Pour la plupart, ils nécessitent un insert en plastique destiné à protéger la formule. C’est souvent là que le bât blesse car cela remet en question le véritable bien-fondé écologique de cette tendance.

Une transformation artisanale et coûteuse

Si l’attrait est réel aussi bien pour les marques que pour les fournisseurs, le bois demeure un matériau de niche car son usinage est délicat et coûteux. Tous pointent du doigt les exigences et les difficultés à le travailler, aussi noble soit-il, et il ne se prête pas naturellement au packaging cosmétique. Sa transformation engendre un surcoût, ce qui limite sa diffusion à grande échelle. « Les capacités de production de pièces en bois sont au moins sept fois inférieures à celles de pièces injectées, car chaque composant est usiné unitairement », explique Thomas Diezinger, chez Jackel. Le bois est donc plutôt réservé pour des quantités confidentielles, c’est pourquoi il est la plupart du temps utilisé pour des éditions éphémères. « Pour obtenir un aspect uniforme, nous pouvons remplir les rainures de pâte à bois, puis les polir avant de les vernir pour la teinte finale, poursuit-il. Pour le coffret Luxe Van Cleef & Arpels, nous avons appliqué au tampon huit couches de vernis, avec ponçage entre chaque couche (finition piano). » Pour cela, Jackel a eu recours à l’ébénisterie chinoise, très développée, et sa main-d’oeuvre à bas coût. Même discours du côté des marques. « étant donné l’exigence de la parfumerie, l’opération Fleur de Bois avec L’Eau d’Issey a été longue à mettre en place, raconte Nathalie Helloin Kamel, chez Miyake. Le bois de hêtre a été taillé à l’extérieur, sans compter les multiples opérations de parachèvement : il a été brossé, patiné en blanc, poli et enfin, sérigraphié. »

Reboisement et traçabilité

D’autre part, le bois peut poser des problèmes de sourcing. « Il faut s’assurer qu’il provient de ressources renouvelables et ne contribue pas à la surexploitation d’essences protégées. Ceci est garanti par des organismes de certification comme le Forest Stewardship Council, qui délivre le label FSC », relève Gerald Martines, chez Rexam. Ce label implique par exemple un reboisement systématique et une bonne traçabilité. Il est aussi utilisé par les cartonniers et les fabricants de meubles.

Pour pallier ces difficultés, les fournisseurs peaufinent leurs techni- ques. Objectif : rendre le bois plus facilement industrialisable (lire encadré ci-contre) pour des résultats visuels étonnants mais… pas si écolo.

SURMONTER LES CONTRAINTES TECHNIQUES

Assurer l’homogénéité de la matière

Le veinage du bois et sa tolérance font de chaque pièce un article unique. Les fournisseurs ont dû s’adapter à ce matériau pour le rendre plus malléable et coller aux exigences des marques. Pour répondre à celles d’Issey Miyake, Technotraf a brossé puis patiné en blanc le hêtre avant de le colorer, de le polir et de le sérigraphier.

Adapter le système de fermeture

Pour camoufler le système de fermeture, Jackel a proposé de creuser un orifice dans la pièce en bois, d’y insérer un aimant puis de combler l’espace avec de la pâte à bois. Le résultat est idéal puisque l’aimant est invisible.

S’allier au plastique

Pour le repackaging de sa gamme de maquillage Aquarela, Natura souhaitait un rendu « rustique ». Pour l’obtenir, Rexam a mélangé de la sciure de bois au PCR. Cela a permis de revaloriser les déchets des scieries et de diminuer le contenu en pétrole tout en respectant la volonté de la marque.

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