les fournisseurs d’actifs sur la piste de la génomique

L’évaluation des ingrédients sur biopuce ou puce à ADN permet d’établir une première sélection des actifs effi caces. Ici, dans les laboratoires Sederma.

Dans leur recherche perpétuelle d’innovation, les cosmétologues explorent désormais la cellule jusque dans l’intimité de ses gènes. Le point sur les découvertes des fournisseurs d’actifs.

Au début du chemin. La recherche sur le langage des gènes en est encore à ses débuts. Les cosmétologues adoptent différentes méthodes pour apprivoiser le génome cutané. L’une des stratégies, choisie notamment par les chercheurs du fournisseur d’actifs IFF Vincience, a été de se concentrer sur l’étude de gènes particuliers pouvant être à la base des mécanismes de la régénération cellulaire. C’est ainsi qu’ils se sont lancés, il y a presque dix ans, sur la piste des gènes de longévité, les sirt, dont l’expression permet la synthèse des sirtuines. Aujourd’hui, on ne compte plus les cosmétiques qui activent ces gènes depuis Orlane Anti- Fatigue Absolu Nuit (2007), suivi de Capture Totale de Dior, Re-Nutriv de Lauder, Orchidée Impériale de Guerlain, Iso-Age de Filorga et bien d’autres.

Dans une cellule, il y a un temps pour tout

Après les sirtuines, la nouvelle cible des cosmétologues pourrait bien être les gènes horloges ou gènes circadiens. L’idée est que, dans une cellule cutanée, il y a un temps pour tout. Par exemple, la réparation est programmée plutôt la nuit, la nutrition et les synthèses se font le jour, le tout étant organisé par l’activité des gènes horloges. Toutefois, avec l’âge, ceux-ci se déphasent. Résultat : le fonctionnement de la cellule est moins efficace. Comme si toutes ses activités étaient bâclées par manque de temps. L’importance de ces gènes horloges n’a pas échappé aux chercheurs d’Estée Lauder, dont la dernière formule d’Advanced Night Repair intègre la technologie Chronolux, destinée à les resynchroniser. Ce sont cependant les chercheurs du fournisseur d’actifs Exsymol qui ont probablement été les premiers à cibler ces gènes avec le lancement, en 2004, d’Imudiline, un peptide capable de resynchroniser leur expression.

« Les gènes circadiens participent à la réparation cellulaire, mais leur expression est fortement diminuée par l’exposition aux UV, explique Isabelle Imbert, directrice technique au centre de recherche de la peau d’IFF Vincience. Notre nouvel actif, Chronogen, a démontré sa capacité à éviter cette sous-expression et ainsi à conserver aux cellules toute leur capacité à se réparer ».

Depuis quelques années, de nouveaux outils moléculaires sont entrés dans les labos cosmétiques : les puces à ADN ou « biopuces » (lire encadré page précédente). « Cette technologie est un bon outil de criblage, nous l’utilisons pour établir une première sélection des extraits de plantes potentiellement actifs. Mais pour aller plus loin dans notre connaissance des mécanismes biologiques, nous préférons les outils modernes de la protéomique. Ceux-ci nous permettent de suivre et de visualiser la synthèse et l’action des protéines à l’intérieur des cellules », déclare Claude Fromageot, directeur du centre de recherche en cosmétique végétale Yves Rocher.

Au centre de recherche de LVMH, les puces à ADN sont aussi un outil de criblage de choix, les biochimistes y ont même créé leurs propres biopuces, développées en collaboration avec l’Institut Mérieux. Chacune concentre un groupe de gènes spécifiquement impliqués dans une activité métabolique, comme l’hydratation, le vieillissement, la pigmen-tation, l’amincissement… « Les fractions végétales – bourgeons, feuilles, fleurs… – et les différentes espèces sont ainsi rapidement triées selon leur activité. Cette méthodologie nous a permis de sélectionner les molécules d’orchidée les plus actives pour formuler les soins Orchidée Impériale de Guerlain », précise Frédéric Bonté, responsable de la communication scientifique chez LVMH.

Une « signature génétique » propre à l’âge

Chez Sederma, tous les ingrédients sont systématiquement évalués sur biopuce. « Cette démarche nous apporte la certitude de l’efficacité de nos actifs. En 2006, elle surprenait nos clients mais aujourd’hui, elle leur semble essentielle, explique Olga Gracioso, directrice marketing. La technologie des puces à ADN nous permet aussi de comprendre le mode d’action de nos actifs et d’innover dans des domaines où tout semblait avoir été découvert. Cette année, nous proposons à nos clients une nouvelle conception de l’hydratation. Notre actif Revidrat est le premier hydratant qui stimule les gènes permettant à la peau de retrouver sa propre capacité à s’hydrater. Sous son action, les cellules épidermiques produisent elles-mêmes leurs NMF (facteurs naturels d’hydratation) et leurs lipides assurant la fonction barrière de la peau. Jusqu’ici, les cosmétiques s’ingéniaient à apporter NMF et lipides de l’extérieur. »

Chez Greentech, les biochimistes se vouent aussi aux puces à ADN pour évaluer et découvrir de nouveaux actifs. Le dernier-né de la génomique, l’XCell 30, est destiné à maintenir plus longtemps les cellules en phase de jeunesse en activant un groupe de gènes dont le rôle est de ralentir le cycle cellulaire.

Avec les mêmes outils moléculaires, les équipes du Laboratoire du vivant L’Oréal ont emprunté une tout autre voie de recherche. Elles se sont intéressées aux modifications de l’activité des gènes avec l’âge et sous l’action d’agressions. Dans un premier temps, elles ont étudié le comportement de plus de 4 000 gènes cutanés. Elles ont mis en évidence qu’un certain nombre d’entre eux (186 pour être précis) ne sont actifs que dans les cellules d’une peau jeune alors que d’autres (198) sont uniquement exprimés dans les cellules de la peau âgée, prouvant qu’il existe bien une « signature génétique » propre à l’âge. Forts de cette découverte, les laboratoires de recherche appliquée se sont attachés à trouver des associations d’actifs capables de réactiver la plus grande partie des gènes exprimés dans une peau jeune. C’est ainsi que sont nés Génifique de Lancôme, puis Skin Vivo de Biotherm et Code Jeunesse de L’Oréal Paris, redonnant à l’épiderme sa « signature génétique » de peau jeune. Dans un second temps, les biologistes l’oréaliens ont examiné l’impact des agressions, et en particulier celle du soleil, sur les gènes des cellules épider-miques. Ils ont démontré que chaque agression active l’expression de gènes spécifiques, donnant cette fois une « signature génétique » propre à une agression précise. Une découverte qui les a conduits à sélectionner des actifs de protection ciblés, comme l’association de Reverserol et de plancton thermal de Skin Vivo de Biotherm.

Criblage, décryptage des modes d’action, ciblage de nouveaux gènes, la génomique s’est installée dans tous les laboratoires de cosmétologie. Mais les gènes sont si nombreux, la régulation de leur expression et leurs interactions si complexes que la génomique n’a pas fini de générer des découvertes.

LES PUCES À ADN ANALYSENT L’EXPRESSION DES GÈNES

Aussi nommées biopuces, ou encore DNA microarray, ces outils biotechnologiques ont été mis au point en 1995 pour révéler l’activation ou la mise en sommeil des gènes, notamment sous l’effet d’un actif. Comment ça marche ? Sur une plaque, de verre en général, sont déposés des centaines de fragments de gènes représentatifs du génome, qui servent de sondes. Ces dernières permettent d’analyser simultanément l’expression de l’ensemble des gènes d’une cellule, d’un tissu ou d’un organe.

Lorsqu’un gène est exprimé dans une cellule, il y a production d’une molécule (l’ARN) qui est extraite, puis copiée de nombreuses fois et rendue fluorescente. Cet ARN s’accroche ensuite sur la sonde ADN qui lui a donné naissance.

Ainsi, sur la puce à ADN s’éclairent des spots qui correspondent aux gènes exprimés dans la cellule testée. L’intensité de la fluorescence est proportionnelle à l’expression du gène.

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